[Note 192: ][(retour) ] Atrox perpetrastis facinus, cum illos qui heri cum Chagano pransi sunt, occidistis, ac præterea ipsi unius caput, alterum vero manibus truncatum transmisistis... Ibid.

[Note 193: ][(retour) ] Cui nostri: Nobis, inquiunt, ille minime curæ est. Chron. Pasch., p. 396.

Le kha-kan tomba dans une véritable folie de colère; il menaçait l'ennemi, il menaçait les siens; il passait d'une résolution violente à une plus violente encore. Enfin il arrêta son esprit sur un projet qui pouvait réussir, mais demandait avant tout un grand secret. Il s'agissait d'opérer, dès la nuit suivante, une surprise sur la partie de la ville voisine de Blakhernes et du port, au moyen de la flotte que monteraient des soldats slavons, et qui se trouvait de nouveau concentrée dans les eaux du Barbyssus. Des feux allumés sur les hauteurs de Blakhernes devaient donner le signal du départ[194], et tandis que l'attaque portée du côté de la mer attirerait la garnison de Constantinople, le kha-kan profiterait du désarroi pour escalader la muraille du côté de la terre. Le succès de cette combinaison ne lui paraissait point douteux. Il en fit donc faire les préparatifs activement, mais avec mystère. Toutefois le mystère ne pouvait pas être bien grand sous les yeux de la population romaine, où tout individu considérait comme un devoir de se faire l'espion de la ville: le moindre mouvement de l'ennemi, la moindre disposition, étaient observés, commentés, révélés aussitôt. Bonus, averti à temps, ordonna à sa flotte d'appareiller dès que la nuit serait venue, et de filer à petit bruit le long des deux rives du golfe, birèmes d'un côté, trirèmes de l'autre, et de garder sa position jusqu'à ce que la flottille avare se fût engagée entre ses lignes comme entre les branches d'une tenaille. En même temps il fit occuper les abords du golfe à Blakhernes par un corps d'Arméniens qu'il chargea de tuer ou de rejeter à la mer les Barbares qui chercheraient à y prendre terre. Enfin il fit préparer des feux qui devaient être allumés au moment convenu sur la plate-forme de l'église de Saint-Nicolas de Blakhernes[195].

[Note 194: ][(retour) ] Auxiliariis Sclavenorum copiis signum dederat, ut cum accensas faces ex Blachernarum munitione conspexissent, statim actuariis lembis irrumperent, et remigio ad urbem subvecti... Niceph., p. 13.

[Note 195: ][(retour) ] Facibus erectis signum dari jubet. Niceph., p. 13.

La nuit était sombre, et la lueur des feux qui brillèrent sur l'église put arriver au fond du golfe sans trahir les galères romaines qui stationnaient en avant. Les Slaves, prenant ce signal pour celui qu'ils attendaient, commencèrent à ramer avec leurs canots pleins de soldats, et gagnèrent bientôt le large. Ce fut alors que les vaisseaux romains se démasquèrent, et, rapprochant leurs lignes, culbutèrent ou coulèrent bas tout ce qui se trouvait dans l'intervalle. Il y eut là un affreux pêle-mêle de canots chavirés, brisés, d'hommes nageant dans les ténèbres, se heurtant les uns les autres, assommés du haut des navires à coups de javelots, d'avirons ou de crocs[196]. Ceux qui purent traverser la ligne des galères se dirigèrent vers Blakhernes où ils voyaient luire des feux et où ils pensaient trouver les Avars; mais au lieu des Avars, c'étaient les Arméniens, qui les tuèrent à mesure qu'ils se présentaient. Quelques-uns qui se crurent plus heureux, ayant abordé au fond du golfe, parvinrent jusqu'au kha-kan; mais le cruel se vengea de sa déconvenue en les faisant massacrer[197]. La défaite avait suivi l'attaque de si près, que les Avars n'eurent pas le temps d'essayer l'escalade par terre, ou, s'ils l'essayèrent, ils y renoncèrent aussitôt.

[Note 196: ][(retour) ] Sclavis omnibus qui in trabariis inventi sunt, vel in mare præcipitatis, vel a nostris interfectis... Chron. Pasch., p. 396.

[Note 197: ][(retour) ] Pauci ex Sclavis natatu evadentes, cum ad impii Chagani castra pervenissent, illius jussu trucidati sunt. Chron. Pasch., p. 396.

Le soleil en se levant éclaira une épouvantable scène. Sur les eaux du golfe toutes rougies de sang flottaient des milliers de cadavres mêlés à des débris de barques et d'avirons; on remarqua les corps de plusieurs femmes slavonnes qui avaient fait office de soldats ou de matelots pendant le combat[198]. Une vigoureuse sortie des assiégés compléta la déroute des Avare, en forçant leur armée de terre à reculer. Cette armée était tellement dominée par la peur, qu'elle laissa envahir son camp, où pénétrèrent jusqu'à des femmes et des enfants, et qui fut mis au pillage. Le kha-kan, posté sur une hauteur avec sa cavalerie de réserve, s'abandonnait pendant ce temps à ses transports de fureur accoutumés; toutefois, il dut suivre le mouvement de retraite opéré par les siens et se retirer à quelque distance.

[Note 198: ][(retour) ] Inter cæsorum cadavera, Sclavenæ quoque mulieres inventæ sunt. Niceph., p. 13.