[Note 226: ][(retour) ] Samo duodecim uxores ex genere Vinidorum habebat, de quibus xxii filios et xv filias. Id., ub. sup.
Les Franks-Austrasiens avaient dans leur dépendance effective ou nominale une assez grande portion des tribus vendes et slovènes qui avoisinaient la Thuringe, la Saxe et les provinces du Norique; ils prétendaient même posséder un droit de suzeraineté sur les Vendes de la Carinthie. Vers l'an 630 ou 631, époque des événements que nous racontons, arriva dans les domaines de Samo une caravane de marchands franks, composée peut-être d'anciens rivaux du roi carinthien; elle fut attaquée et volée, et, dans la lutte qui s'engagea à cette occasion, plusieurs des marchands furent tués[227]. Une plainte vint de la part de Dagobert, qui envoyait réclamer, avec les marchandises enlevées, la compensation due, suivant la loi des Franks, pour le meurtre des marchands mis à mort. L'ambassade chargée de ce message avait à sa tête un certain Sicharius, homme malhabile, emporté et orgueilleux. Samo, fort embarrassé sans doute d'avoir à punir le vol chez ses sujets, et ne voulant point, d'autre part, rompre directement avec Dagobert, jugea plus commode de ne point entendre l'ambassadeur que de lui répondre par un refus. Sicharius fit tout ce qu'il put pour obtenir audience; il demanda, il vint lui-même, mais inutilement; le roi était toujours invisible. Que faire? Ne voulant pas partir sans rapporter une réponse, Sicharius s'avisa du stratagème le plus étrange qu'ait jamais imaginé un ambassadeur: il acheta des habillements slaves pour lui et sa suite, et quand ils s'en furent tous affublés, ils se présentèrent à la porte du roi, qui les reçut sans difficulté, les prenant pour des Slaves[228].
[Note 227: ][(retour) ] Negotiatores Francorum interficiunt, et rebus exspoliant. Gest. Dag., 27.--Paul. Diac., iv, 40.--Aimon. Gest. Franc., iv, 23.
[Note 228: ][(retour) ] Vestibus quibus Sclavi utebantur, ne agnosceretur, indutus. Aimon., Gest. Franc., iv, 23.
L'entrevue, on le devine aisément, fut peu amicale: Samo, comme un marchand et un païen, nous dit l'auteur naïf où nous puisons cette histoire, refusa toute satisfaction, et Sicharius, comme un sot ambassadeur[229], répondit au refus par des invectives. Il s'écria dans la discussion que Samo et son peuple devaient obéissance à Dagobert. «Volontiers, reprit Samo; le pays que nous possédons est à Dagobert et nous sommes à lui, à la condition qu'il voudra bien vivre en amitié avec nous.» Sur quoi Sicharius rétorqua aigrement qu'il n'était pas possible à des chrétiens serviteurs de Dieu de vivre en amitié avec des chiens[230]. «Eh bien donc! dit Samo tout hors de lui, si vous êtes les serviteurs de Dieu et si nous sommes des chiens, nous avons reçu la permission de vous mordre, car vous êtes de mauvais serviteurs qui ne cessez d'offenser votre maître[231].» Là-dessus il chassa Sicharius de sa présence. La guerre s'ouvrit donc entre les Vendes de Carinthie et les Franks; trois armées descendirent successivement d'Austrasie et de Bavière dans les vallées des Slaves, et furent battues; puis le marchand, prenant l'offensive à son tour, remporta une victoire signalée sur les meilleures troupes des Franks, près du château de Wogastiburg ou Woitsberg. Samo devint, par suite de cette victoire, un roi avec qui Héraclius put s'allier sans honte, et le peuple des Vendes carinthiens une sentinelle avancée de l'empire romain sur le Haut-Danube.
[Note 229: ][(retour) ] Sicut stultus legatus... Fredeg., chron., 48.
[Note 230: ][(retour) ] Non est possibile ut christiani Dei servi, cum canibus amicitias conlocare possint. Gest. Dag., 27.
[Note 231: ][(retour) ] Si vos estis servi Dei, et nos sumus Dei canes, dum vos assidue contra ipsum agitis, nos permissum accepimus vos morsibus lacerare. Fredeg., Chron., 48.--Gest. Dag., 27.--Aimon., iv, 23.
Tandis que ces choses se passaient à l'occident de la Hunnie, la dureté insensée des Avars leur attirait à l'orient des adversaires non moins redoutables. Le kha-kan qui s'était si odieusement signalé par ses perfidies envers l'empire romain en 622 et 626, le Réprouvé, comme disent les écrivains grecs[232], mourut dans cette même année 630, époque de la résurrection des Slaves. Les Bulgares avaient toujours servi les Avars plutôt en frères qu'en vassaux; ils repoussaient même le titre de vassaux et prétendaient à celui d'alliés. Cette prétention semblait d'autant plus juste, que non-seulement ils étaient de race hunnique comme les Avars, mais qu'ils étaient puissants, leur roi Cubrat ou Kouvrat[233], qui occupait sur le Volga Bulgaris, siége de la nation, ayant lui-même de nombreux vassaux, soit en Asie, soit en Europe; et des colonies bulgares importantes, échelonnées dans les plaines pontiques et jusqu'en Pannonie, faisant, par leur situation, partie intégrante du territoire avar proprement dit. Forts de ces raisons, les Bulgares demandèrent que le chef de l'empire fût désormais choisi à tour de rôle parmi les Avars et parmi eux, et que d'abord la vacance actuelle leur fût dévolue[234]. Le mépris avec lequel les Avars accueillirent cette réclamation indigna les sujets de Kouvrat, qui prirent les armes dans leurs colonies du Danube, mais qui furent vaincus.
[Note 232: ][(retour) ] Abominandus Chaganus, Deo invisus, odiosus... Πανάθεος χαγάνος, θεομισής. Chron. Pasch., et alibi.