GAULE CISALPINE. Situation de ce pays dans l'intervalle des deux premières guerres puniques.—Les Boïes tuent leurs rois At et Gall.—Intrigues des colonies romaines fondées sur les bords du Pô.—Les Cénomans trahissent la cause gauloise.—Le partage des terres du Picénum fait prendre les armes aux Cisalpins.—Leur ambassade aux Gésates des Alpes.—Un Gaulois et une Gauloise sont enterrés vifs dans un des marchés de Rome.—Bataille de Fésules où les Romains sont défaits.—Bataille de Télamone où les Gaulois sont vaincus.—La confédération boïenne se soumet.—Guerre dans l'Insubrie, et perfidie des Romains.—Marcellus tue le roi Virdumar.—Soumission de l'Insubrie.—Triomphe de Marcellus.
238—222.
ANNEES 238 à 236 avant J.-C.
Quarante-cinq ans[661] s'étaient écoulés depuis l'extermination du peuple sénonais, et la terreur dont cet exemple des vengeances de Rome avait frappé les nations cisalpines n'était pas encore effacée. La jeunesse, il est vrai, murmurait de son inaction; elle se flattait de reconquérir aisément le territoire enlevé à ses pères, et de laver la honte de leurs défaites; et les chefs suprêmes, ou rois du peuple boïen, At et Gall[662], tous deux ardens ennemis des Romains, et ambitieux de se signaler, favorisaient hautement ces dispositions belliqueuses. Mais les anciens, dont les conseils nationaux étaient composés, et la masse du peuple, désapprouvaient les menées des rois boïens et l'ardeur des jeunes gens, qu'ils traitaient d'inexpérience et de folie[663]. Après un demi-siècle de tranquillité, ils craignaient d'engager de nouveau une lutte, qui paraissait devoir être d'autant plus terrible, que la république romaine, depuis les dernières guerres, avait fait d'immenses progrès en puissance. At et Gall cherchèrent des secours au dehors; à prix d'argent, ils firent descendre en Italie plusieurs milliers de montagnards des Alpes[664], dans l'espoir que leur présence donnerait de l'élan aux peuples cisalpins; et, à la tête de ces étrangers, ils marchèrent sur Ariminum, celle des colonies romaines qui touchait de plus près à leur frontière. Déjà la jeunesse boïenne s'agitait et prenait les armes, quand les partisans de la paix, indignés que ces rois précipitassent la nation, contre sa volonté, dans une guerre qu'elle redoutait, se saisirent d'eux et les massacrèrent[665]. Ils tombèrent ensuite sur les montagnards, qu'ils contraignirent à regagner leurs Alpes en toute hâte; de sorte que la tranquillité était déjà rétablie, lorsque l'armée romaine, accourue à la défense d'Ariminum, arriva sur la frontière boïenne[666].
Note 661: Polyb. l. II, p. 109.
Note 662: Atès et Galatus, Άτης καί Γάλατος, dans Polybe, l. II, p. 109. At ou Atta, père: Galatos ou Galatus est l'altération grecque de Gall.
Note 663: Νέοι, θυμοΰ άλογίστου πλήρεις, άπειροι… Polyb. l. c.
Note 664: Ήρξαντο… έπισπάσθαι τούς έκ τών Άλπεων Γαλάτας.
Polyb. l. II, p. 109.
Note 665: Άνεϊλον μέν, τούς ίδίους βασιλεϊς Άτην καί Γάλατον.
Idem, ibid.
Note 666: Polyb. l. c.