Note 757: Victores ad centum sexaginta; nec omnes Romani sed pars
Gallorum; victi ampliùs ducenti ceciderunt. Tit. Liv. l. XXI, c. 30.
Il y avait parmi les Romains quelques Gaulois à la solde de Massalie.
Note 758: Avertit à præsenti certamine Boiorum legatorum regulique
Magali adventus, qui se duces itinerum, socios periculi fore
affirmantes… Tit. Liv. l. XXI, c. 30.—Polyb. l. III, p. 198.
L'armée carthaginoise était loin de partager la confiance de son général. Quelques ressouvenirs de l'autre guerre venaient parfois l'inquiéter; mais ce qu'elle redoutait surtout, c'était la longueur du chemin, la hauteur et la difficulté de ces Alpes, que l'imagination des soldats se peignait sous des formes effrayantes. Annibal travaillait à dissiper ces terreurs. Durant les marches, il haranguait ses soldats, il les instruisait et les encourageait. «Ces Alpes qui vous épouvantent, leur disait-il, sont habitées et cultivées; elles nourrissent des êtres vivans. Vous voyez ces ambassadeurs boïens: pensez-vous qu'ils se soient élevés en l'air sur des ailes? Leurs ancêtres n'ont pas pris naissance en Italie; c'étaient des étrangers arrivés de bien loin pour former leur établissement, et qui, traînant avec eux tout l'attirail de leurs femmes et de leurs enfans, ont cent et cent fois, et sans le moindre risque, franchi ces hauteurs que vous vous figurez inaccessibles. Eh! qu'y a-t-il d'inaccessible et d'insurmontable pour un soldat armé qui ne porte avec lui que son équipage militaire? Vous montrerez-vous inférieurs aux Gaulois que vous venez de vaincre[759]?»
Note 759: Eos ipsos quos cernant legatos non penmis sublimè elatos
Alpes transgressos….. militi quidem armato nihil secum præter
instrumenta belli portanti, quid invium aut inexsuperabile esse?….
Proindè cederent genti per eos dies totiès ab se victæ.
Tit. Liv. l. XXI, c. 30.
Après quatre jours de marche, en remontant la rive droite du Rhône, Annibal arriva au confluent de ce fleuve et de l'Isère, dans un canton fertile et bien peuplé que les habitans nommaient l'Île[760], parce qu'il était entouré presque de tous côtés par le Rhône, l'Isère, le Drac qui se jette dans l'Isère, et la Drôme qui se jette dans le Rhône. Deux frères, enfans du dernier chef, se disputaient la souveraineté de ce canton. L'aîné, auquel les historiens romains donnent le nom de Brancus[761], avait été chassé du trône par son frère, que soutenaient tous les jeunes guerriers du pays. Les deux partis ayant remis la décision de leur querelle au jugement d'Annibal, le Carthaginois se déclara en faveur de Brancus, ce qui lui valut une grande réputation de sagesse, parce que tel avait été l'avis des vieillards et des principaux de la nation. Brancus, par reconnaissance, lui fournit des vivres, des provisions de toute espèce, et surtout des vêtemens, dont la rigueur de la saison faisait déjà sentir le besoin; il l'accompagna en outre jusqu'aux premières vallées des Alpes, pour le garantir contre les attaques des Allobroges, dont ils touchaient la frontière. En quittant l'Île, Annibal ne marcha pas en ligne droite aux Alpes; il dévia un peu au midi, pour gagner le col du mont Genèvre (Matrona), cotoya la rive gauche de l'Isère, puis la rive gauche du Drac, passa la Durance, non sans beaucoup de fatigues et de pertes, et remonta ce torrent, tantôt sur une rive, tantôt sur l'autre[762].
Note 760: Ήκε πρός τήν καλουμένην Νήσον χώραν πολύσχλον καί σιροφόρον. Polyb. l. III, p. 202.—Mediis campis insulæ nomen inditum. Tit. Liv. l. XXI, c. 31.
Note 761: Brancus nomine.—Tit. Liv. l. XXI, c. 31.
Note 762: Polyb. l. III, p. 103. Tit. Liv. I. c.—Cons. M. Letronne,
Journ. des Savans. Janv. 1819.
Ce fut dans les derniers jours d'octobre qu'Annibal commença à gravir les Alpes. L'aspect de ces montagnes était vraiment effrayant; leurs masses couvertes de neige et déglace, confondues avec le ciel; à peine quelques misérables cabanes éparses sur des pointes de rochers; des hommes à demi sauvages dans un hideux délabrement; le bétail, les chevaux, les arbres, grêles et rapetissés; en un mot, la nature vivante et la nature inanimée frappées d'un égal engourdissement[763]: ce spectacle de désolation universelle frappa de tristesse et de découragement l'armée carthaginoise. Tant qu'elle chemina dans un vallon spacieux et découvert, sa marche fut tranquille et nul ennemi ne l'inquiéta; mais parvenue dans un endroit où le vallon, en se resserrant brusquement, n'offrait pour issue qu'un étroit passage, elle aperçut des bandes nombreuses de montagnards qui couvraient les hauteurs. Bordé d'un côté par d'énormes roches à pic, de l'autre par des précipices sans fond, ce passage ne pouvait être forcé sans les plus grands périls; et si les montagnards, dressant mieux leur embuscade, fussent tombés à l'improviste sur l'armée déjà engagée dans le défilé, nul doute qu'elle y serait restée presque tout entière. Annibal fit faire halte, et détacha, pour aller à la découverte, les Gaulois qui lui servaient de guides[764]; mais il apprit bientôt qu'aucune autre issue n'existait, et qu'il fallait de toute nécessité emporter celle-ci ou retourner sur ses pas. Pour Annibal le choix n'était pas douteux: il ordonna de déployer les tentes, et de camper à l'ouverture du défilé jusqu'à ce qu'il se présentât une occasion favorable.
Note 763: Nives cælo propè immistæ, tecta informia imposita rupibus, pecora jumentaque torrida frigore, homines intensi et inculti, animalia inanimataque omnia rigentia gelu… Tit. Liv. l. XXI, c. 32.