Note 777: Circumspectantes defectionis tempus, subitò adventus
consulis oppressit. Tit. Liv. l. XXI, c. 39.
Note 778: Τινές δέ καί συστρατεύειν ήναγκάζοντο τοϊς Ρ΄ωμαίοις.
Polyb. l. III, p. 212.
Note 779: Polyb. l. III, p. 218.—Tit. Liv. l. XXI, c. 39.
Annibal sentait toute l'importance du combat qu'il allait livrer; de ce combat dépendait la décision des Gaulois, et par conséquent sa ruine ou son triomphe; et pour tenter ce coup aventureux, il n'avait qu'une armée faible en nombre, exténuée par des fatigues et des privations inouïes. Voulant remonter ses soldats découragés, il eut recours à un spectacle capable de remuer fortement ces imaginations grossières. Il rangea l'armée en cercle dans une vaste plaine, et fit amener, au milieu, de jeunes montagnards, pris dans les Alpes, harcelant sa marche, et qui, pour cette raison, avaient été durement traités; leurs corps décharnés et livides portaient l'empreinte des fers et les cicatrices des fouets, dont ils avaient été fustigés. Mornes et le visage baissé, ils attendaient en silence ce que les Carthaginois voulaient d'eux, lorsqu'on plaça, non loin de là, des armes pareilles à celles dont leurs rois se servaient dans les combats singuliers, des chevaux de bataille, et de riches costumes militaires à la façon de leur pays. Annibal alors leur demanda s'ils voulaient combattre ensemble, promettant aux vainqueurs ces riches présens et la liberté. Tous n'eurent qu'un cri pour demander des armes. Leurs noms, mêlés dans une urne, furent tirés deux à deux; à mesure qu'ils sortaient, on voyait les jeunes captifs, que le sort avait désignés, lever les bras au ciel avec transport, saisir une épée en bondissant, et se précipiter l'un contre l'autre. «Tel était, dit un historien, le mouvement des esprits, non-seulement parmi les prisonniers, mais encore dans toute la foule des spectateurs, qu'on n'estimait pas moins heureux ceux qui succombaient, que ceux qui sortaient vainqueurs du combat[780].» Annibal saisit le moment; il harangua ses soldats, leur rappelant la tyrannie de Rome, qui voulait les réduire à la condition de ces misérables esclaves, et le pillage de l'Italie, qui serait le prix de leur victoire; puis soulevant une pierre, il en écrasa la tête d'un agneau, qu'il immolait aux dieux, adjurant ces dieux de l'écraser ainsi lui-même, s'il était infidèle à ses promesses[781].
Note 780: Is habitus animorum non inter ejusdem modò conditionis homines erat, sed etiam inter spectantes vulgò, ut non vincentium magis quàm benè morientium fortuna laudaretur. T. L. l. XXI, c. 42.
Note 781: Polyb. l. III, p. 214, 215.—Tit. Liv. l. XXI, c. 42, 43.
Voyant ses soldats échauffés à son gré, il se mit à la tête de sa cavalerie numide pour aller reconnaître les positions de l'ennemi; le même dessein avait éloigné Scipion de son camp: les deux troupes se rencontrèrent, et se chargèrent aussitôt. Scipion avait placé au centre de son corps de bataille des escadrons de cavalerie gauloise, probablement cénomane; ils furent enfoncés par les Numides, dont les chevaux, rapides comme l'éclair, ne portaient ni selle ni mords. Le consul, blessé et renversé à terre, ne dut la vie qu'au courage de son jeune fils. Les légions battirent en retraite la nuit suivante, repassèrent le Pô et reprirent leur première position sous les murs de Placentia. Annibal les suivit, et plaça son camp à six milles du leur. Le combat du Tésin n'avait été qu'un engagement de cavalerie, qui n'avait compromis le salut ni de l'une ni de l'autre armée, mais il releva Annibal aux yeux des Gaulois; les chefs insubriens accoururent le féliciter et lui offrir des vivres et des troupes. Le Carthaginois, en retour, garantit leurs terres du pillage; il ordonna même à ses fourrageurs de respecter le territoire des Cénomans et des autres peuples cisalpins qui, soit par affection, soit par indécision, tenaient encore pour la cause de ses ennemis[782].
Note 782: Polyb. l. III, p. 217, 218, 219.—Tit. Liv. l. XXI, c. 44, 45, 46.—Appian. Bell. Annibal. p. 315, 316.
A peine les Carthaginois étaient-ils arrivés en vue de Placentia, que le camp romain fut le théâtre d'une défection sanglante. Deux mille fantassins et deux cents cavaliers gaulois, faisant partie sans doute de ces corps auxiliaires que le consul Scipion s'était fait livrer de force par les Boïes et les Insubres, prirent tout à coup les armes vers la quatrième heure de la nuit, lorsque le silence et le sommeil régnaient dans tout le camp, et se jetèrent avec une sorte de rage sur les quartiers voisins des leurs. Un grand nombre de Romains furent blessés; un grand nombre furent tués; les Gaulois, après leur avoir coupé la tête, sortirent, et, précédés de ces trophées sauvages, se présentèrent aux portes du camp d'Annibal[783]. Le Carthaginois les combla d'éloges et d'argent, mais il les renvoya chacun dans leur nation, les chargeant d'y travailler à ses intérêts: il espérait que la crainte des vengeances du consul forcerait leurs compatriotes à se ranger, bon gré mal gré, immédiatement, sous ces drapeaux. Il reçut en même temps une ambassade solennelle des Boïes, qui offraient de lui livrer les triumvirs qu'ils avaient enlevés par ruse au siège de Mutine: Annibal leur conseilla de les garder comme otages et de s'en servir à retirer, s'ils pouvaient, leurs anciens otages des mains de la république[784]. Quant à Scipion, dès qu'il vit Annibal s'approcher, il quitta la plaine de Placentia; et pour se mettre à l'abri de la cavalerie numide, que la journée du Tésin lui avait appris à redouter, il alla se retrancher au-delà de la Trébie, sur les hauteurs qui bordent cette rivière. L'armée carthaginoise plaça son camp près de l'autre rive.
Note 783: Πολλούς μέν άπέκτειναν, ούκ όλίγους δέ κατετραυμάτισαν· τέλος δέ άὰς κεφαλάς άποτεμόντες τών τεθνεώτων, άπεχώρουν πρός τούς Καρχηδονίους. Polyb. l. III, p. 219.