Note 824: Tit. Liv. l. XXXI.

L'ouverture des hostilités ne lui fut point heureuse; deux légions et quatre cohortes supplémentaires, entrées par l'Ombrie sur le territoire boïen, pénétrèrent d'abord assez paisiblement jusqu'au petit fort de Mutilum, où elles se cantonnèrent; mais au bout de quelques jours, s'étant écartées dans la campagne pour couper les blés, elles furent surprises et enveloppées. Sept mille légionaires, occupés aux travaux, périrent sur la place avec leur général, Caïus Oppius[825]; le reste se sauva d'abord à Mutilum, et, dès la nuit suivante, regagna la frontière dans une déroute complète, sans chef et sans bagages. Un des consuls, en station dans le voisinage, les réunit à son armée, fit quelque dégât sur les terres boïennes, puis revint à Rome sans avoir rien exécuté de plus remarquable[826]. Il fut remplacé dans son commandement par le préteur L. Furius Purpureo, qui se rendit avec cinq mille alliés latins aux quartiers d'hiver d'Ariminum.

Note 825: Ad septem millia hominum palata per segetes sunt cæsa;
inter quos ipse C. Oppius præfectus. Tit. Liv. l. XXXI, c. 2.

Note 826: Qui nisi quòd populatus est Boïorum fines… nihil quod
esset memorabile aliud… quum gessisset… Tit. Liv. l. XXXI, c. 2.

ANNEE 200 avant J.-C.

Aux premiers jours du printemps, quarante mille confédérés, Boïes, Insubres, Cénomans, Ligures, conduits par le Carthaginois Amilcar, assaillirent Placentia à l'improviste, la pillèrent, l'incendièrent, et, d'une population de six mille ames, en laissèrent à peine deux mille sur des cendres et des ruines[827]: passant ensuite le Pô, ils se dirigèrent vers Crémone, à qui ils destinaient le même sort; mais les habitans, instruits du désastre des Placentins, avaient eu le temps de fermer leurs portes et de se préparer à la défense, décidés à vendre cher leur vie. Ils envoyèrent promptement un courrier au préteur Furius pour lui demander du secours. Contraint de refuser, Furius transmit au sénat la lettre des Crémonais, avec un tableau inquiétant de sa situation et du péril où se trouvait la colonie. «De deux villes échappées à l'horrible tempête de la guerre punique, écrivait-il, l'une est pillée et saccagée, l'autre cernée par l'ennemi[828]. Porter assistance aux malheureux Crémonais avec le peu de troupes campées à Ariminum, ce serait sacrifier en pure perte de nouvelles victimes. La destruction d'une colonie romaine n'a déjà que trop enflé l'orgueil des barbares, sans que j'aille l'accroître encore par la perte de mon armée[829].» A la réception de cette dépêche, le sénat donna ordre à C. Aurélius, l'un des consuls, de se rendre sur-le-champ à Ariminum; quelques affaires retardèrent le départ du consul; mais ses légions se dirigèrent vers la Gaule à grandes journées.

Note 827: Direptâ urbe, ac per iram, magnâ ex parte incensâ, vix
duobus millibus hominum inter incendia ruinasque relictis…
Tit. Liv.l. XXXI, c. 10.

Note 828: Duarum coloniarum, quæ ingentem illam tempestatem punici belli subterfugissent, alteram captam ac direptam ab hostibus, alteram oppugnari. Tit. Liv. l. XXXI, c. 10.

Note 829: Tit. Liv. loc. cit.

Dès qu'elles furent arrivées, le préteur L. Furius se mit en route pour Crémone, et vint camper à cinq cents pas de l'armée des confédérés. Il avait une belle occasion de les battre par surprise, si, dès le même jour, il eût mené droit ses troupes attaquer leur camp, car les Gaulois, épars dans la campagne, n'avaient laissé à sa garde que des forces tout-à-fait insuffisantes. Furius voulut ménager ses soldats, fatigués par une marche longue et précipitée, et il laissa aux Gaulois, restés dans le camp, le temps de sonner l'alarme. Les autres, avertis par leurs cris, eurent bientôt regagné les retranchemens. Dès le lendemain, ils en sortirent en bon ordre pour présenter la bataille; Furius l'accepta sans balancer[830]. La charge des confédérés fut si impétueuse, et si brusque, que les Romains eurent à peine le temps de ranger leurs troupes. Réunissant tous leurs efforts sur un seul point, ils attaquèrent d'abord l'aile droite ennemie, qu'ils se flattaient d'écraser facilement; voyant qu'elle résistait, ils cherchèrent à la tourner, tandis que, par un mouvement pareil, leur aile droite essayait d'envelopper l'aile gauche. Aussitôt que Furius aperçut cette manœuvre, il fit avancer sa réserve, dont il se servit pour étendre son front de bataille; au même instant, il fit charger à droite et à gauche par sa cavalerie l'extrémité des ailes gauloises; et lui-même, à la tête d'un corps serré de fantassins, se porta sur le centre pour essayer de le rompre. Le centre, que le développement des ailes avait affaibli, fut enfoncé par l'infanterie romaine, les ailes par la cavalerie; les confédérés, culbutés de toutes parts, regagnèrent leur camp dans le plus grand désordre; les légions vinrent bientôt les y forcer. Le nombre des morts et des prisonniers gaulois fut de trente-cinq mille; quatre-vingts drapeaux et plus de deux cents chariots tout chargés de butin tombèrent entre les mains du vainqueur[831]. Le Carthaginois Amilcar, et trois des principaux chefs cisalpins, périrent en combattant[832]. Deux mille habitans de Placentia, réduits en servitude par les Gaulois, furent rendus à la liberté et renvoyés dans leur ville en ruines. Pour récompense de cette victoire, Furius obtint le triomphe, et porta au trésor public de Rome trois cent vingt mille livres pesant de cuivre, et cent soixante-dix mille d'argent[833].