Note 837: Postulari Boii ut laborantibus opem universi ferrent,
Insubres negare se sua deserturos. Tit. Liv. l. XXXII, c. 30.
C'était pour l'ennemi une bonne fortune, que le théâtre de la guerre eût été transporté sur la terre des Cénomans, ces vieux instrumens de l'ambition étrangère, si long-temps traîtres à leur propre race. Aussi se hâta-t-il d'envoyer des émissaires dans toutes les villes du pays, surtout à Brixia[838], où le conseil national des chefs et des vieillards s'était rassemblé. Gagnés par crainte ou par argent, les principaux chefs et les anciens protestèrent aux agens romains qu'ils étaient étrangers à tout ce qui s'était passé, et que si la jeunesse avait pris les armes, c'était tout-à-fait sans leur aveu; plusieurs même se rendirent au camp ennemi pour conférer avec le consul, qui les trouva dévoués à ses intérêts, mais incertains sur les moyens de le servir[839]. Céthégus voulut que, par leur autorité, ou à force d'argent, ils décidassent l'armée cénomane à passer immédiatement aux Romains, ou du moins à quitter le camp des Insubres; les entremetteurs de la trahison combattirent ce projet comme impraticable. Seulement, ils engagèrent leur parole que les troupes resteraient neutres pendant le prochain combat, et même tourneraient du côté des Romains, si l'occasion s'en présentait[840]. Ils entrèrent alors en pourparler avec les chefs de l'armée; en peu de jours, l'odieux complot fut consommé et un traité secret assura à l'ennemi, dans la bataille qui se préparait, la coopération active ou tout au moins passive des Cénomans. Bien que ces intrigues eussent été conduites avec un profond mystère, les Insubres en conçurent quelque soupçon[841], et lorsque le jour de la bataille arriva, n'osant confier à de tels alliés une des ailes de peur que leur trahison n'entraînât la déroute de toute l'armée, ils les placèrent à la réserve, derrière les enseignes. Mais cette précaution fut inutile. Au fort de la mêlée, les perfides, voyant l'armée insubrienne plier, la chargèrent tout à coup à dos, et occasionèrent sa destruction totale.
Note 838: Mittendo in vicos Cenomanorum, Brixiamque, quod caput
gentis erat… Tit. Liv. l. XXXII, c. 30.
Note 839: Non ex auctoritate seniorum juventutem in armis esse, nec
publico consilio Insubrium defectioni Cemanos se adjunxisse….
(Cethegus) excitis ad se principibus, ibi agere ac moliri cœpit.
Tit. Liv. l. XXXII, c. 30.
Note 840: Data fides consuli est ut in acie aut quiescerent, aut si
qua etiam occasio fuisset, adjuvarent Romanos.
Tit. Liv. l. XXXII, c. 30.
Note 841: Suberat tamen quædam suspicio. Tit. Liv. l. XXXIII, l. c.
Tandis que ces événemens se passaient dans la Transpadane, Minucius avait d'abord dévasté les terres des Boïes par des incursions rapides; mais lorsque l'armée boïenne eut quitté le camp des coalisés pour venir défendre ses foyers, le consul s'était renfermé dans ses retranchemens, attendant l'occasion de risquer une bataille décisive. Les Boïes la provoquaient avec ardeur, quand la nouvelle du combat du Mincio et de la défection des Cénomans vint ébranler leur confiance; bientôt même, le découragement gagnant, ils désertèrent leurs drapeaux, pour aller défendre chacun sa propriété et sa famille. L'armée consulaire se vit obligée de changer son plan de campagne[842]. Elle se remit à ravager les terres, à brûler les maisons, à forcer les villes. Clastidium fut livré aux flammes: les dévastations durèrent jusqu'au commencement de l'hiver; puis les consuls retournèrent à Rome, où ils triomphèrent, C. Céthégus des Insubres et des Cénomans, Q. Minucius des Boïes. Le premier versa au trésor deux cent trente-sept mille cinq cents livres pesant de cuivre[843], et soixante-dix-neuf mille pièces d'argent, portant pour empreinte un char attelé de deux chevaux[844]; le second une quantité d'argent équivalente à cinquante-trois mille deux cents deniers, et deux cent cinquante-quatre mille as en monnaie de cuivre[845]. Mais ce qui fixait surtout les yeux de la foule, au triomphe de Céthégus, c'était une troupe de Crémonais et de Placentins, suivant le char du triomphateur, la tête couverte du bonnet, symbole de la liberté[846].
Note 842: Relicto duce, castrisque, dissipati per vicos, sua ut
quisque defenderent, rationem gerendi belli hosti mutarunt.
T. L. l. XXXII, c. 31.
Note 843: La livre romaine est évaluée, comme nous l'avons dit plus haut, à 10 onc. 5 gr. 40 gr., ou 327 gram. 18. Cons. le savant mémoire de M. Letronne, sur les monnaies grecques et romaines, p. 7.
Note 844: C'était une monnaie romaine qui portait le nom de bigati
(scil. nummi), et équivalait à un denier.