Note 845: L'as valait à cette époque une once (as uncialis); le
denier peut être évalué à 82 centimes.

Note 846: Cæterùm magis in se convertit oculos Cremonensium
Placentinorumque colonorum turba pileatorum, currum sequentium.
Tit. Liv. l. XXXIII, c. 23.

ANNEE 196 avant J.-C.

Autant les deux grandes nations gauloises montraient de constance à défendre leur liberté, autant Rome mit d'acharnement à vouloir l'étouffer. Pendant l'année 196, comme pendant la précédente, les consuls furent employés tous deux dans la Cisalpine; leur choix même paraissait dicté par la circonstance. L'un d'eux, L. Furius Purpureo, s'était distingué comme préteur dans une des dernières campagnes; l'autre, Claudius Marcellus, portait un nom de bon augure pour une guerre gauloise. Tandis que Furius se préparait à le suivre à petites journées, Marcellus, se portant directement sur la Transpadane, attaqua et défit l'armée insubrienne, dans une bataille, où, si les récits des historiens ne sont pas exagérés, elle perdit quarante mille hommes[847]. La forte ville de Com ou Comum, située à l'extrémité méridionale du lac Larius, et dont le nom signifiait garde ou protection[848], tomba en son pouvoir, ainsi que vingt-huit châteaux qui se rendirent[849]. Le consul revint ensuite sur ses pas pour faire tête aux Boïes, qui s'étaient rassemblés en nombre considérable. Mais le jour même de son arrivée, avant qu'il eût achevé les retranchemens de son camp, assailli brusquement, il éprouva de grandes pertes, et après un combat long et opiniâtre, laissa sur la place trois mille légionnaires ainsi que plusieurs chefs de distinction[850]. Néanmoins il réussit à terminer les travaux, et une fois retranché, il soutint avec assez de bonheur les assauts que les Gaulois lui livraient sans relâche. Telle était sa situation, lorsque son collègue Furius Purpureo entra dans la partie du territoire boïen, qui confine avec l'Ombrie et qu'on nommait la tribu Sappinia.

Note 847: In eo prælio suprà XL millia hominum cæsa,
Valerius Antias scribit. Tit. Liv. l. XXXIII, c. 36.

Note 848: Còm, en langue gallique signifiait sein, giron, et dans
le sens figuré, garde, protection. C'est aujourd'hui la ville de
Côme.

Note 849: Comum oppidum intra dies paucos captum; castella indè
duodetriginta ad consulem defecerunt. Tit. Liv. l. XXXIII, c. 36.

Note 850: Ad tria millia hominum… illustres viri aliquot in illo
tumultuario prælio ceciderunt. Tit. Liv. ub. supr.

A cette nouvelle, les Boïes levèrent le siège du camp de Marcellus, et coururent sur la route que l'autre consul devait traverser, route boisée et propre aux embuscades militaires. Purpureo approchait déjà du fort de Mutilum, lorsqu'ayant eu vent de quelque chose, il rétrograda; et comme il connaissait parfaitement le pays, par de longs détours en plaines, il réussit à rejoindre sans danger son collègue. Les deux consuls réunis dévastèrent un grand nombre de villes fortifiées et non fortifiées, et Bononia, capitale de tout le territoire[851]; partout où ils promenaient leurs ravages, les vieillards les femmes, la population désarmée des campagnes s'empressait de faire acte apparent de soumission à la république romaine; mais toute la jeunesse, réfugiée en armes au fond des forêts, suivait leur marche, ne les perdant jamais de vue et épiant l'occasion favorable celui-ci surprendre et les envelopper[852]. Boïes et Romains traversèrent ainsi, en s'observant mutuellement, une grande partie de la Cispadane, et passèrent ensuite en Ligurie. A la fin, l'armée boïenne, désespérant de faire tomber dans le piège un général tel que L. Furius, accoutumé de longue main à ce genre de guerre, franchit le Pô, et se jeta sur les terres de quelques tribus liguriennes qui avaient fait leur paix avec Rome[853]. A son retour, elle longeait l'extrême frontière ligurienne, chargée de butin, lorsqu'elle rencontra l'armée des consuls. Le combat s'engagea plus brusquement, et se soutint plus vivement que si les deux partis bien préparés eussent choisi le temps et le lieu à leur convenance. «On vit en cette occasion, dit un historien latin, combien les haines nationales ajoutent d'énergie au courage; plus altérés de sang qu'avides de victoire, les Romains combattirent avec un tel acharnement, qu'à peine laissèrent-ils échapper un Gaulois[854].» Pour remercier les dieux de l'heureuse issue de la campagne, le sénat décréta trois jours de prières publiques. Le pillage de cette année valut au trésor public de Rome trois cent vingt mille livres d'airain, et deux cent trente-quatre mille pièces d'argent à l'empreinte d'un char attelé de deux chevaux.

Note 851: Usque ad Felsinam oppidum populantes peragraverunt. Tit. Liv. l. XXXIII, c. 37.—Felsina était, comme on l'a vu plus haut, l'ancien nom de Bononia chez les Étrusques.