Note 891: Alpes propè inexsuperabilem finem in medio esse: non utique
iis meliùs fore, quàm qui eas primi pervias fecissent.
Tit. Liv. l. C.
Les émigrans, après avoir ramassé ceux de leurs effets qui leur appartenaient réellement, sortirent de l'Italie; et les commissaires romains se rendirent chez les principales nations transalpines afin d'y publier la déclaration du sénat. Les réponses de ces peuples révélèrent assez la crainte dont ils étaient frappés. Les anciens allèrent jusqu'à se plaindre de la douceur excessive du peuple romain «à l'égard d'une troupe de vagabonds qui, sortis de leur patrie, sans autorisation légitime, n'avaient pas craint d'envahir des terres dépendantes de Rome, et de bâtir une ville sur un sol usurpé. Au lieu de les laisser partir impunis, Rome, disaient-ils, aurait dû leur faire expier sévèrement leur insolente témérité; la restitution de leurs effets était même un excès d'indulgence capable d'encourager d'autres tentatives non moins criminelles[892].» A ces discours dictés par la peur, les Transalpins joignirent des présens, et reconduisirent honorablement les ambassadeurs jusqu'aux frontières. Néanmoins, quatre ans après, une seconde bande d'aventuriers descendit encore le revers méridional des monts, et, s'abstenant de toute hostilité, demanda des terres pour y vivre en paix sous les lois de la république. Mais le sénat lui ordonna impérieusement de quitter l'Italie, et chargea l'un des consuls de poursuivre et de faire punir par leur nations mêmes les auteurs de cette démarche[893].
Note 892: Debuisse gravem temeritatis mercedem statui; quòd verò etiam sua reddiderint, vereri ne tantâ indulgentiâ plures ad talia audenda impellantur. Tit. Liv. l. XXXIX, c. 55.
Note 893: Eos senatus Italià excedere jussit; et consulem Q. Fulvium quærere et animadvertere in eos, qui principes et auctores transcendendi Alpes fuissent. Tit. Liv. l. XL, c. 53.
Ainsi donc la Haute-Italie fut irrévocablement perdue pour la race gallo-kimrique. Une seule fois, la défaite de quelques légions romaines en Istrie donna lieu à des mouvemens insurrectionnels parmi les restes des nations cisalpines, mais le tumulte, comme disent les historiens latins, fut étouffé sans beaucoup de peine. Une seule fois aussi, et soixante-dix ans plus tard, des Kimris, venus du nord, firent irruption dans l'ancienne patrie de leurs pères, mais pour y tomber sous l'épée victorieuse de Marius. Les Gaulois avaient habité la Haute-Italie pendant quatre cent un ans, à dater de l'invasion de Bellovèse. La période de leur accroissement comprit soixante-seize ans, depuis l'arrivée de leur première bande d'émigrans jusqu'à ce qu'ils eussent conquis toute la Circumpadane; la période de leur puissance fut de deux cent trente-deux ans, depuis l'entière conquête de la Circumpadane jusqu'à l'extinction de la nation sénonaise; et de quatre-vingt-treize celle de leur décadence, depuis la ruine des Sénons jusqu'à celle des Boïes.
Le territoire gaulois, réuni à la république romaine, porta dès-lors le nom de Province gauloise cisalpine ou citérieure; elle reçut aussi, mais plus tard, le nom de Gaule togée[894], qui signifiait que la toge ou le vêtement romain remplaçait, sur les rives du Pô, la braie et la saie gauloises, c'est-à-dire que ce qu'il y a de plus tenace dans les habitudes nationales avait enfin cédé à la force ou à l'ascendant du peuple conquérant.
Note 894: Gallia togata. Quelques savans pensent que la Gaule cisalpine ne fut réduite en province romaine qu'après la défaite des Cimbres par Marius, l'an 101 avant notre ère. Elle aurait été jusqu'à cette époque considérée et traitée comme pays subjugué ou préfecture.
CHAPITRE X.
GALLO-GRECE. Description géographique de ce pays; races qui l'habitaient; sa constitution politique.—Culte phrygien de la Grande-Déesse.—Relations des Gaulois avec les autres puissances de l'Orient.—Les Romains commencent la conquête de l'Asie mineure.—Cn. Manlius attaque la Galatie; les Tolistoboïes sont vaincus sur le mont Olympe; les Tectosages sur le mont Magaba.—Trait de chasteté de Chiorama.—La république romaine ménage les Galates.—Le triomphe est refusé, puis accordé à Manlius.—Les mœurs des Galates s'altèrent; luxe et magnificence de leurs tétrarques.—Caractère des femmes galates; histoire touchante de Camma.—Décadence de la constitution politique; les tétrarques s'emparent de l'autorité absolue. —Mithridate fait assassiner les tétrarques dans un festin.—Ce roi meurt de la main d'un Gaulois.
191—63.