ANNEE 190 avant J.-C.
Mais Antiochus, si mal à propos surnommé le Grand, avait trop de présomption pour se laisser long-temps diriger par Annibal. Il n'est pas de notre sujet de raconter ici ses folies et ses revers: on sait que, vaincu en Grèce, il le fut de nouveau en Orient par L. Scipion, près de la ville de Magnésie. Quelques jours avant cette bataille fameuse, lorsque l'armée romaine était campée au bord d'une petite rivière, en face des troupes d'Antiochus, mille Gaulois, traversant la rivière, allèrent insulter le consul au milieu de son camp; après y avoir mis le désordre, cette troupe audacieuse fit retraite et repassa le fleuve sans beaucoup de perte[937]. Pendant la bataille, ils ne montrèrent pas moins d'intrépidité; ils avaient aux ailes de l'armée syrienne huit mille hommes de cavalerie et un corps d'infanterie; là, le combat fut vif, et là seulement[938].
Note 937: Tumultuosè amne trajecto, in stationes impetum fecerunt;
primò turbaverunt incompositos… Tit. Liv. l. XXXVII, c. 28.
Note 938: Tit. Liv. l. XXXVII, c. 39, 40; XXXVIII, c. 48.
—Appian. Bell. Syriac. p. 107, 108.
Les Romains avaient anéanti à Magnésie les forces asiatiques et grecques; toutefois la conquête du pays ne leur parut rien moins qu'assurée[939]. Ils avaient rencontré sous les drapeaux d'Antiochus quelques bandes d'une race moins facile à vaincre que des Syriens ou des Phrygiens: à l'armure, à la haute stature, aux cheveux blonds, ou teints de rouge, au cri de guerre, au cliquetis bruyant des armes, à l'audace surtout, les légions avaient aisément reconnu ce vieil ennemi de Rome qu'elles étaient élevées à redouter[940]. Avant de rien arrêter sur le sort des vaincus, les généraux romains se décidèrent donc à porter la guerre en Galatie; et dans cette circonstance, les prétextes ne leur manquaient pas. Le consul Cnéius Maulius, successeur de Lucius Scipion dans le commandement de l'armée d'Orient, se disposa à entrer en campagne dès le printemps suivant.
Note 939: Tit. Liv. l. XXXVIII, c. 48.
Note 940: Procera corpora, promissæ et rutilatæ comæ, vasta scuta, prælongi gladii, ad hoc cantus inchoantium prælium… armorum crepitus… Tit. Liv. l. XXXVIII, c. 17.
ANNEE 189 avant J.-C.
Sans doute, les Gaulois avaient été long-temps pour l'Asie un épouvantable fléau; mais eux seuls aujourd'hui pouvaient la sauver. Le péril qui les menaçait fut pour tous les amis de l'indépendance asiatique un péril vraiment national. Si Antiochus, faisant un nouvel effort, était venu se réunir aux Galates, les choses peut-être eussent changé de face; mais ce roi pusillanime ne songeait plus qu'à la paix, quelle qu'elle fût. Honteux de sa lâcheté, le roi de Cappadoce, son gendre, rallia quelques troupes échappées au désastre de Magnésie, et les conduisit lui-même à Ancyre. Le roi de Paphlagonie, Murzès, suivit son exemple; ces auxiliaires malheureusement ne formaient que quatre mille hommes d'élite, qui se joignirent aux Tectosages[941]. Ortiagon était alors chef militaire de cette nation, ou même, comme le font présumer quelques circonstances, il était investi de la direction suprême de la guerre. Combolomar et Gaulotus commandaient, l'un les Trocmes, l'autre les Tolistoboïes[942]. «Ortiagon, dit un historien qui l'a connu personnellement, n'était pas exempt d'ambition; mais il possédait toutes les qualités qui la font pardonner. A des sentimens élevés il joignait beaucoup de générosité, d'affabilité, de prudence; et, ce que ses compatriotes estimaient plus que tout le reste, nul ne l'égalait en bravoure[943].» Il avait pour femme la belle Chiomara, non moins célèbre par sa vertu et sa force d'ame que par l'éclat de sa beauté.
Note 941: Tit. Liv. l. XXXVIII, c. 26.