Note 950: Et illis majoribus nostris, cum haud dubiis Gallis, in
terrâ suâ genitis, res erat; hi jàm degeneres sunt misti, et
Gallo-Græci, verè quod appellantur. Tit. Liv. l. XXXVIII, c. 17.
Note 951: Phrygas igitur gallicis oneratos armis, sicut in acie
Antiochi cecidistis, victos victores cædetis.
Tit. Liv. l. XXXVIII, c. 17.
«Les bêtes sauvages nouvellement prises conservent d'abord leur férocité naturelle, puis s'apprivoisent peu à peu; il en est de même des hommes. Croyez-vous que les Gaulois soient encore aujourd'hui ce qu'ont été leurs pères et leurs aïeux? Forcés de chercher hors de leur patrie la subsistance qu'elle leur refusait, ils ont longé les côtes de l'Illyrie, parcouru la Péonie et la Thrace, en s'ouvrant un passage à travers des nations presque indomptables; enfin ils ne se sont établis dans ces contrées que les armes à la main, endurcis, irrités même par tant de privations et d'obstacles[952]. Mais l'abondance et les commodités de la vie, la beauté du ciel, la douceur des habitans, ont peu à peu amolli l'âpreté qu'ils avaient apportée dans ces climats. Pour vous, enfans de Mars, soyez en garde contre les délices de l'Asie; fuyez au plus tôt cette terre dont les voluptés peuvent corrompre les plus mâles courages, dont les mœurs contagieuses deviendraient fatales à la sévérité de votre discipline. Heureusement vos ennemis, tout incapables qu'ils sont de vous résister, n'en ont pas moins conservé parmi les Grecs la renommée qui fraya la route à leurs pères. La victoire que vous remporterez sur ces Gaulois dégénérés vous fera autant d'honneur que si vous trouviez dans les descendans un ennemi digne des ancêtres et de vous[953].»
Note 952: Extorres inopiâ agrorum, profecti domo, per asperrimam
Illyrici oram, Pæoniam indè et Thraciam, pugnando cum ferocissimis
gentibus, emensi, has terras ceperunt… Tit. Liv. l. XXXVIII, c. 17.
Note 953: Bellique gloriam victores eamdem inter socios habebitis,
quàm si, servantes antiquum specimen animorum, Gallos vicissetis.
Tit. Liv. l. XXXVIII, c. 17.
Manlius se dirigea du côté de Pessinunte. Pendant sa marche, la population phrygienne et grecque lui adressait de toutes parts des députés pour faire acte de soumission[954]. Il reçut aussi des émissaires du tétrarque Épossognat, qui le priait de ne point attaquer les Tolistoboïes avant que lui, Épossognat, n'eût fait une nouvelle tentative pour amener la paix; car il se rendait lui-même auprès des chefs tolistoboïes dans cette intention. Le consul consentit à différer les hostilités quelques jours encore; cependant il entra plus avant dans la Galatie, et traversa le pays que l'on nommait Axylon[955], et qui devait ce nom au manque absolu de bois, même de broussailles, si bien que les habitans se servaient de fiente de bœuf pour combustible. Tandis que les Romains étaient campés près du fort de Cuballe; un corps de cavalerie gauloise parut tout à coup en poussant de grands cris, chargea les postes avancés des légions, les mit en désordre, et tua quelques soldats; mais l'alarme étant parvenue au camp, la cavalerie du consul en sortit par toutes les portes, et repoussa les assaillans[956]. Manlius dès lors se tint sur ses gardes, marcha en bon ordre, et n'avança plus sans avoir bien fait reconnaître le pays. Arrivé au bord du Sangarius, qui n'était point guéable, il y fit jeter un pont et le traversa.
Note 954: Tit. Liv. l. XXXVIII, c. 18.
Note 955: Άξυλον, sans bois.
Note 956: Tit. Liv. l. XXXVIII, c. 18.
Pendant qu'il suivait la rive du fleuve, un spectacle bizarre frappa ses yeux et ceux de l'armée. Il vit s'avancer vers lui les prêtres de la grande déesse, en habits sacerdotaux, déclamant avec emphase des vers où Cybèle promettait aux Romains une route facile, une victoire assurée et l'empire du pays[957]. Le consul répondit qu'il en acceptait l'augure; il accueillit avec joie ces utiles transfuges et les retint près de lui dans son camp. Le lendemain il atteignit la ville de Gordium qu'il trouva complètement vide d'habitans, mais bien fournie de provisions de toute espèce[958]. Là, il apprit que toutes les sollicitations d'Épossognat avaient échoué, et que les Gaulois, abandonnant leurs habitations de la plaine, avec leurs femmes, leurs enfans, leurs troupeaux et tout ce qu'ils pouvaient emporter, se fortifiaient dans les montagnes. C'était au milieu de tout ce désordre que les prêtres de la Grande Déesse s'étaient déclarés pour les Romains, et, désertant Pessinunte, étaient venus mettre au service du consul l'autorité d'Agdistis et de ses ministres.