Note 76: Manent utrâque ripâ castra, ac spatia, quorum ambitu nunc quoque metiaris molem manusque gentis et tam magni exercitûs fidem. Tacit. Germ. c. 37.
Pline donne une bien plus grande extension à ce mot de Kimbri; il semble en faire un nom générique: non-seulement il reconnaît des Kimbri dans la presqu'île jutlandaise, mais il place encore des Kimbri méditerranées[77] dans le voisinage du Rhin, comprenant sous cette appellation commune des tribus qui portent dans les autres géographes des noms particuliers très-divers.
Note 77: Alterum genus Ingævones quorum pars Cimbri, Teutoni ac Cauchorum gentes. Proximè autem Rheno Istævones quorum pars Cimbri mediterranei, l. IV, c. 3.
Ces Kimbri habitans du Jutland et des pays voisins étaient regardés généralement comme Gaulois, c'est-à-dire comme appartenant à l'une des deux races qui occupaient alors la Gaule; Cicéron, parlant de la grande invasion des Kimbri que nous nommons Cimbres, dit à plusieurs reprises, que Marius a vaincu des Gaulois[78]; Salluste énonce que le consul Q. Cæpion, défait par les Cimbres, le fut par des Gaulois[79]; la plupart des écrivains postérieurs tiennent le même langage[80]; enfin le bouclier cimbrique de Marius portait la figure d'un Gaulois. Il faut ajouter que Céso-rix, Boïo-rix, Clôd[81], etc., noms des chefs de l'armée cimbrique, ont toute l'apparence de noms gaulois.
Note 78: Cicer. de Provinc. consular. p. 512.—Pro. Man. Font. p. 223.
Note 79: Sallust. Jugurth. c. 114.
Note 80: Dio. l. XLIV, p. 262. ed. Hanov. in-fol. 1606.—Sext. Ruf. hist. c. 6, etc.
Note 81: Clôd (kymr.), louange, renommée.
Quand on lit les détails de cette terrible invasion, on est frappé de la promptitude et de la facilité avec laquelle les Cimbres et les Belges s'entendent et se ménagent, tandis que toutes les calamités se concentrent sur la Gaule centrale et méridionale. César rapporte que les Belges soutinrent vigoureusement le premier choc, et arrêtèrent ce torrent sur leur frontière; cela se peut, mais on les voit tout aussitôt pactiser; ils cèdent aux envahisseurs une de leurs forteresses, Aduat, pour y déposer leurs bagages; les Cimbres ne laissent à la garde de ces bagages, qui composaient toute leur richesse, qu'une garnison de six mille hommes, et continuent leurs courses; ils étaient donc bien sûrs de la fidélité des Belges. Après leur extermination en Italie, la garnison cimbre d'Aduat n'en reste pas moins en possession de la forteresse et de son territoire et devient une tribu belgique. Lorsque les Cimbres vont attaquer la province Narbonnaise, ils font alliance tout aussitôt avec les Volkes-Tectosages, colonie des Belges, tandis que leurs propositions sont encore repoussées avec horreur par les autres peuples gaulois[82]. Ces faits et beaucoup d'autres prouvent que s'il y avait communauté d'origine et de langage entre les Kimbri et l'une des races de la Gaule, c'était plutôt la race dont les Belges faisaient partie, que celle des Galls. Un mot de Tacite jette sur la question une nouvelle lumière. Il affirme que les Æstii, peuplade limitrophe des Kimbri, sur les bords de la Baltique, et suivant toute probabilité appartenant elle-même à la race kimbrique, parlaient un idiome très-rapproché du breton insulaire[83]: or nous avons vu que la langue des Bretons était aussi celle des Belges et des Armorikes.
Note 82: V. ci-après, t. II, c. 3.