Note 83: Linguæ britannicæ propior. Tacit. Germ. c. 45.—Cf.
Strab. l. I.

Mais les cantons voisins de l'Elbe et du Rhin ne renfermaient pas tous les peuples transrhénans portant la dénomination générique de Kimbri. Les fertiles terres de la Bohême étaient habitées par la nation gauloise[84] des Boïes, dont le nom, d'après l'orthographe grecque et latine, prend les formes de Boiï, Boghi, Boghii et Boci; or Bwg et Bug, en langue kymrique, signifient terrible, et leur radical est Bw, la peur. De plus, nous avons signalé tout-à-l'heure en Italie un peuple des Boïes, prenant le nom générique de Kimbri et paraissant être une colonie de ces Boïes transrhénans. On peut donc hardiment voir, dans les Boïes de la Bohême une des confédérations de la race kimbrique.

Note 84: Boii, gallica gens… manet adhuc Boiemi nomen, significatque loci veterem memoriam, quamvis mutatis cultoribus. Tacit. Germ. c. 28.—Strab. l. VII, p. 293.

Tous les historiens attribuent à une armée gauloise l'invasion de la Grèce, dans les années 279 et 280: Appien nomme ces Gaulois Kimbri[85]; or, nous savons que leur armée se composait d'abord de Volkes Tectosages, puis en grande partie deGaulois du nord du Danube.

Note 85: Appian. bell. Illyr. p. 758. ed. H. Steph. 1592.

Les nations gauloises, pures ou mélangées de Sarmates et de Germains, étaient nombreuses sur la rive septentrionale du bas Danube et dans le voisinage; la plus fameuse de toutes, celle des Bastarnes[86], mêlée probablement de Sarmates, habitait entre la mer Noire et les monts Carpathes. Mithridate, voulant former une ligue puissante contre Rome, s'adressa à ces peuples redoutés, «il envoya, dit Justin, des ambassadeurs aux Bastarnes, aux Kimbri[87] et aux Sarmates.» Il est évident qu'il ne faut pas entendre ici les Kimbri du Jutland, éloignés du roi de Pont de toute la largeur du continent de l'Europe, mais bien des Kimbri voisins des Bastarnes et des Sarmates, et sur lesquels avait rejailli la gloire acquise par leurs frères en Gaule et en Norique. L'existence de nations kimbriques échelonnées de distance en distance, depuis le bas Danube jusqu'à l'Elbe, établit, ce me semble, que tout le pays entre l'Océan et le Pont-Euxin, en suivant le cours des fleuves, dut être possédé par la race des Kimbri, antérieurement au grand accroissement de la race germanique.

Note 86: Tacit. German, c. 46.—Plin. l. IV, c. 12.
—Tit. Liv. l. XXXIV, c. 26; l. XXX, c. 50-57; l. XXXI, c. 19-23.
—Polyb. excerpt. leg. LXII.

Note 87: Mithridates, intelligens quantum bellum suscitaret, legatos
ad Cimbros, alios ad Sarmatas, Bastarnasque auxilium petitum misit.
Justin. l. XXXVIII, c. 3.

Mais sur ces mêmes rives du Pont-Euxin, entre le Danube et le Tanaïs, avait habité autrefois un grand peuple connu des Grecs, sous le nom de Kimmerii, dont nous avons fait Cimmériens. Outre les rivages occidentaux de la mer Noire et du Palus-Méotide, il occupait la presqu'île appelée à cause de lui Kimmérienne, et aujourd'hui encore Krimm ou Crimée: son nom est empreint dans toute l'ancienne géographie de ces contrées, ainsi que dans l'histoire et les plus vieilles fables de l'Asie-Mineure, où il promena long-temps ses ravages. Plusieurs coutumes de ces Kimmerii présentent une singulière conformité avec celles des Kimbri de la Baltique et des Gaulois. Les Kimmerii cherchaient à lire les secrets de l'avenir dans les entrailles de victimes humaines; leurs horribles sacrifices dans la Tauride ont reçu des poètes grecs assez de célébrité; ils plantaient sur des poteaux, à la porte de leurs maisons, les têtes de leurs ennemis tués en guerre. Ceux d'entre eux qui habitaient les montagnes de la Chersonèse, portaient le nom de Taures, qui appartient à la fois aux deux idiomes kymrique et gallique, et signifie, comme on sait, montagnards. Les tribus du bas pays, au rapport d'Éphore, se creusaient des demeures souterraines, qu'elles appelaient argil[88] ou argel, mot de pur kymric, et dont la signification est lieu couvert ou profond[89].

Note 88: Έφορός φησω αύτούς έν χαταγείοις οίχίαις οίχεϊν άςχαλοϋσιν
άργίλλας. Strab. l. V.