Note 89: Taliesin. W. Archæol. t. I, p. 80.—Myrddhin Afallenau.
Ib. p. 152.

Jusqu'au septième siècle avant notre ère, l'histoire des Kimmerii du Pont-Euxin reste enveloppée dans la fabuleuse obscurité des traditions ioniennes; elle ne commence, avec quelque certitude, qu'en l'année 631. Cette époque fut féconde en bouleversemens dans l'occident de l'Asie et l'orient de l'Europe. Les Scythes, chassés par les Massagètes des steppes de la haute Asie, vinrent fondre comme une tempête sur les bords du Palus-Méotide et de l'Euxin: ils avaient déjà passé l'Araxe (le Volga), lorsque les Kimmerii furent avertis du péril; ils convoquèrent toutes leurs tribus près du fleure Tyras (le Dniester), où se trouvait, à ce qu'il paraît, le siège principal de la nation, et y tinrent conseil. Les avis furent partagés: la noblesse et les rois demandaient qu'on fît face aux Scythes, et qu'on leur disputât le sol; le peuple voulait la retraite; la querelle s'échauffa; on prit les armes; les nobles et leurs partisans furent battus; libre alors d'exécuter son projet, tout le peuple sortit du pays[90]. Mais où alla-t-il? Ici commence la difficulté. Les anciens nous ont laissé deux conjectures pour la résoudre, nous allons les examiner l'une après l'autre.

Note 90: Herodot. l. IV, c. 21.

La première appartient à Hérodote. Trouvant, vers la même époque (631), quelques bandes kimmériennes qui erraient dans l'Asie-Mineure sous la conduite de Lygdamis, il rapprocha les deux faits: et il lui parut que les Kimmerii, revenant sur leurs pas, avaient traversé la Chersonèse, puis le Bosphore, et s'étaient jetés sur l'Asie. Mais c'était aller à la rencontre même de l'ennemi qu'il s'agissait de fuir; d'ailleurs, la route était longue et pleine d'obstacles: il fallait franchir le Borysthène et l'Hypanis qui ne sont point guéables, ensuite le Bosphore kimmérien, et courir après tout cela la chance de rencontrer les Scythes sur l'autre bord[91]; tandis qu'un pays vaste et ouvert offrait, au nord et au nord-ouest du Tyras, la retraite la plus facile et la plus sûre.

Note 91: Consulter là-dessus une excellente dissertation de Fréret, dans laquelle ce savant judicieux n'hésite pas à adopter l'identité des Cimmériens et des Cimbres. Œuvres complètes, t. V.

Les érudits grecs qui examinèrent plus tard la question, furent frappés des invraisemblances de la supposition d'Hérodote. Cette bande de Lygdamis qui après quelques pillages disparut entièrement de l'Asie, ne pouvait être l'immense nation dont les hordes occupaient depuis le Tanaïs jusqu'au Danube, c'étaient tout au plus quelques tribus[92] de la Chersonèse qui probablement n'avaient point assisté à la diète tumultueuse du Tyras. Le corps de la nation avait dû se retirer en remontant le Dniester ou le Danube dans l'intérieur d'un pays qu'elle connaissait de longue main par ses courses; et comme elle marchait avec une suite embarrassante, elle dut mettre plusieurs années à traverser le continent de l'Europe, campant l'hiver dans ses chariots, reprenant sa route l'été, déposant çà et là des colonies qui se multiplièrent[93]. A l'avantage de mieux s'accorder au fait particulier, cette hypothèse en joignait un autre: elle rendait raison de l'existence de Kimmerii dans le nord et le centre de toute cette zone de l'Europe, et expliquait les rapports de mœurs et de langage que tous ces peuples homonymes présentaient entre eux.

Note 92: Ού μέγα γενέσθαι τοϋ παντός μόριον… τό δέ πλεϊστον αύτοϋ καί μαχιμώτατον έπ' έσχάτοις ψχουν πάλασσαν. Plut. in Mar. p. 412.

Note 93: Plut. loc. cit.—Strab. l. VII, p. 203.

Posidonius s'en empara, et lui donna l'autorité de son nom justement célèbre. Le philosophe stoïcien avait voyagé dans la Gaule, et conversé avec les Gaulois; il avait vu à Rome des prisonniers Cimbres; Plutarque nous apprend qu'il avait eu quelques conférences avec Marius, et il pouvait en avoir appris beaucoup de choses touchant la question qui l'agitait, le rapport des Cimbres et des Cimmériens. Nul autre ne s'était trouvé plus à même que lui d'étudier à fond cette question, nul n'était plus capable de la résoudre; les précieux fragmens qui nous restent de son voyage en Gaule font foi de sa sagacité comme observateur; sa science profonde est du reste assez connue.

L'opinion de Posidonius prit cours dans la science; des écrivains que Plutarque cite sans les nommer la développèrent[94]; elle parut à Strabon juste et bonne[95]; Diodore de Sicile la rattacha à ses idées générales sur les Gaulois: ses paroles sont remarquables et méritent d'être méditées attentivement. «Les peuples gaulois les plus reculés vers le nord et voisins de la Scythie sont si féroces, dit-il, qu'ils dévorent les hommes; ce qu'on raconte aussi des Bretons qui habitent l'île d'Irin (l'Irlande). Leur renommée de bravoure et de barbarie s'établit de bonne heure; car, sous le nom de Kimmerii, ils dévastèrent autrefois l'Asie. De toute antiquité, ils exercent le brigandage sur les terres d'autrui; ils méprisent tous les autres peuples. Ce sont eux qui ont pris Rome, qui ont pillé le temple de Delphes, qui ont rendu tributaire une grande partie de l'Europe et de l'Asie, et, en Asie, s'emparant des terres des vaincus ont formé la nation mixte des Gallo-Grecs; ce sont eux enfin qui ont anéanti de grandes et nombreuses armées romaines[96].» Ce passage nous montre réunis dans une seule et même famille les Cimmériens, les Cimbres, et les Gaulois d'en-deçà et d'au-delà des Alpes.