Par suite de ces conquêtes, la race gallique se trouva répandue sur plus de la moitié de la péninsule espagnole. La limite du territoire qu'elle occupait, mixte ou pure, pourrait être représentée par une ligne qui partirait des frontières de la Gallice, longerait l'Èbre jusqu'au milieu de son cours, suivrait ensuite la chaîne des monts Idubèdes pour se terminer à la Guadiana, comprenant ainsi tout l'ouest et une grande partie de la contrée centrale.
Mais les victoires des Galls au midi des Pyrénées eurent, pour leur patrie, un contre-coup funeste. Tandis qu'ils se pressaient dans l'occident et le centre de l'Espagne, les nations ibériennes, déplacées et refoulées sur la côte de l'est, forcèrent les passages orientaux de ces montagnes. La nation des Sicanes, la première, pénétra dans la Gaule, qu'elle ne fit que traverser, et entra en Italie par le littoral de la Méditerranée[126]. Sur ses traces arrivèrent ensuite les Ligors[127] ou Ligures, peuple originaire de la chaîne de montagnes au pied de laquelle coule la Guadiana[128]; et chassé de son pays par les Celtes conquérans[129]. Trouvant la côte déblayée par les Sicanes, les Ligures s'en emparèrent, et étendirent leurs établissemens tout le long de la mer, depuis les Pyrénées jusqu'à l'embouchure de l'Arno, bordant ainsi, par une zone demi-circulaire, le golfe qui dès lors porta leur nom. Dans les temps postérieurs, lorsqu'ils se furent multipliés, leurs possessions en Gaule comprirent toute la côte à l'occident du Rhône, jusqu'à la ligne des Cévennes[130]; et à l'orient de ce fleuve, tout le pays situé entre l'Isère, les Alpes, le Var et la mer[131]. Mais il resta parmi eux, à l'est du Rhône, principalement, quelques tribus galliques, dont nous aurons plus d'une fois l'occasion de parler dans la suite de cet ouvrage.
Note 126: Σικκνοί άπό τοΰ Σικανοΰ ποταμοΰ τοΰ έν Ίβηρία ύπό Ατγύων κναστάντες…. Thucyd., l. VI, c. 2.—Servius, ad Æneid., l. VI. —Ephor. ap. Strab., l. VI.—Philist. ap. Diodor. Sic., l. V.
Note 127: Ligor, Iligor, haute cité. (Humboldt, p. 5-6.) De ce mot
les Romains tirent Ligures et les Grecs Lygies.
Note 128: Αιγυστινή, πόλις Αιγύων τής δυστικής Ϊβηρίας έγγύς καί
τής Ταρτησσού πλησίον. Steph. Bysant.
Note 129:
………………Celtarum manu
Crebrisque dudùm præliis………
Ligures…. pulsi, ut sæpè fors aliquos agit,
Venêre in ista quæ per horrenteis tenent
Plerùmque dumos……………………
Fest. Avien. V. 132 et seq.
Note 130: C'est ce que les géographes anciens appelaient l'Ibéro-Ligurie, à cause du voisinage de l'Espagne.
Note 131: C'était la Celto-Ligurie.