ANNEES 1400 à 1000. avant J.-C.
L'irruption des peuples ibériens avait révélé aux Galls l'existence de l'Italie; ce fut de ce côté qu'ils se dirigèrent, lorsque la surabondance de population, ou toute autre cause les détermina à entreprendre de nouvelles migrations. Une horde nombreuse, composée d'hommes, de femmes, et d'enfans de toute tribu, s'organisa sous le nom collectif d'Ambra[132] (les vaillans ou les nobles), franchit les Alpes, et se précipita sur l'Italie.
Note 132: Plus correctement Amhra. De ce mot les Latins ont fait
Ambro, Ambronis, plur. Ambrones; et Umber, bri: les Grecs, Άμβρών,
Όμβρος, Όμβριος, Όμβρικός.
L'Italie subalpine[133] présente à l'œil un vaste bassin que les Alpes bornent au nord, la mer supérieure[134] au levant, et du nord-ouest au sud-est, la chaîne des Apennins. D'occident en orient, cette plaine immense est traversée par le Pô, appelé aussi Éridan, qui, prenant sa source au mont Viso (Vesulus), se jette dans la mer supérieure, dont il couvre la plage d'eaux stagnantes. Ce roi des fleuves italiens[135], dans son cours de cent vingt-cinq lieues, reçoit presque toutes les rivières que versent d'un côté les Alpes occidentales, pennines et rhétiennes, de l'autre, les Alpes maritimes et l'Apennin; sur sa rive gauche, la Doria (Duria), le Tésin (Ticinus), l'Adda (Addua), l'Oglio (Ollius), le Mincio (Mincius); sur sa rive droite, le Tanaro (Tanarus) sorti des Alpes maritimes, la Trébia et le Réno (Rhenus) sortis tous deux des Apennins[136]. Au nord du Pô, l'Adige (Athesis), fleuve moins considérable que celui-ci, mais pourtant rapide et profond, descend des Alpes rhétiennes pour aller se perdre aussi dans les lagunes de la côte[137].
Note 133: Italia subalpina, circumpadana, ΫὙπαλπία.
Note 134: Mare Superum. Elle reçut le nom d'Adriatique après la fondation d'Adria, ou Hatria, par les Étrusques. Celle qui baigne la côte occidentale de l'Italie s'appelait mer Inférieure, mare Inferum.
Note 135: Fluviorum rex Eridanus……. Virgil. Georg. I.
Note 136: Du temps de Pline, les affluens du Pô étaient au nombre de trente (l. III, c. 16.—Solin., c. 8.—Martian. Capell., l. VI.); on en compte aujourd'hui plus de quarante.
Note 137: Polyb. l. II, p. 103 et seq.—Strab., l. II et V.
La contrée circumpadane était célèbre chez les anciens, non moins par sa fertilité que par sa beauté; et plusieurs écrivains n'hésitent pas à la placer au-dessus du reste de l'Italie[138]. Dès les temps les plus reculés, on vantait ses pâturages[139], ses vignes, ses champs d'orge et de millet[140], ses bois de peupliers et d'érables[141] ses forêts de chênes où s'engraissaient de nombreux troupeaux de porcs, nourriture principale des peuplades italiques[142]. Elle était alors en presque totalité au pouvoir des Sicules, nation qui se prétendait Autochthone, c'est-à-dire née de la terre même qu'elle habitait[143]. Les Vénètes, petit peuple illyrien ou slave[144], s'y étaient conquis une place, à l'orient, entre l'Adige, le Pô et la mer. Au couchant, l'Apennin séparait les Sicules des Ligures, établis, comme nous venons de le dire, le long du golfe auquel ils avaient donné leur nom, jusqu'à l'embouchure de l'Arno.