Si nous continuons à suivre sa marche, nous le voyons, après avoir civilisé le midi de la Gaule, s'avancer dans l'intérieur par les vallées du Rhône et de la Saône. Mais un nouvel ennemi l'arrête, c'est Tauriske[185], montagnard farouche et avide qui ravage la plaine, désole les routes et détruit tout le fruit des travaux bienfaisans du dieu; Hercule court l'attaquer dans son repaire et le tue. Il pose alors sans obstacle les fondemens de la ville d'Alésia sur le territoire éduen. Ainsi, quelque part qu'Hercule mette le pied, il trouve des amis et des ennemis; des amis parmi les tribus de la plaine, des ennemis dans les montagnes où la barbarie et l'indépendance sauvage se retranchent et lui résistent.

Note 185: Tauriscus. Ammian. Marcell. l. XV, c. 9.—Caton, cité par Pline (l. III, c. 20.), place dans les Alpes une grande confédération de peuples tauriskes.—Tor, hauteur, sommet.

«Alésia, disent les récits traditionnels, fut construite grande et magnifique; elle devint le foyer et la ville-mère de toute la Gaule[186].» Hercule l'habita, et, par ses mariages avec des filles de rois, la dota d'une génération forte et puissante. Cependant lorsqu'il eut quitté la Gaule pour passer en Italie, Alésia déchut rapidement; les sauvages des contrées voisines s'étant mêlés à ses habitans, tout rentra peu à peu dans la barbarie[187]. Avant son départ, continuent les mythologues, Hercule voulut laisser de sa gloire un monument impérissable. «Les dieux le contemplèrent fendant les nuages et brisant les cîmes glacées des Alpes[188].» La route dont on lui attribue ici la construction, et à laquelle son nom fut attaché, est celle-là même que nous mentionnions tout à l'heure comme un ouvrage des Phéniciens, et qui conduisait de la côte gauloise en Italie, par le Col de Tende.

Note 186: Έκτισε πόλιν εύμεγέθη Άλησίαν. άπάσης τής Κελτικής έστίαν
καί μητρόπολιν. Diodor. Sic. l. IV, p. 226.

Note 187: Jldtzou; Πάντας τούς κατοικοϋντας έκβαρβαρωθήναι συνέβη
Diodor. Sic. l. IV, p. 226.

Note 188: Scindentem nubes, frangentemque ardua montis Spectârunt
Superi. . . . . . . . Sil. Ital. l. III. Virgil. Æneid. l. VI.
—Diodor. Sicul. l. IV, p. 226.—Dionys. Halic. l. I, c. 41.—Ammian.
Marcell. l. XV, c. 9.

ANNEES 900 à 600. avant J.-C.

Au déclin de l'empire phénicien, ses colonies maritimes en Gaule tombèrent entre les mains des Rhodiens, puissans à leur tour sur la Méditerranée; ses colonies intérieures disparurent. Les Rhodiens construisirent quelques villes, entre autres Rhoda ou Rhodanousia[189], près des bouches libyques du Rhône; mais leur domination fut de courte durée. Leurs établissemens étaient presque déserts et le commerce entre l'Orient et la Gaule presque tombé, quand les Phocéens arrivèrent.

Note 189: Plin. l. III, c. 4.—Hieronym. Comment. epist. ad Galat. l.
II, c. 3.—Isodor. Origin. l. XIII, c. 21. Voyez ci-après, part.
II, c. I.

ANNEES 600 à 587. avant J.-C.