Ce fut l'an 600 avant Jésus-Christ que le premier vaisseau phocéen jeta l'ancre sur la côte gauloise, à l'est du Rhône; il était conduit par un marchand nommé Euxène[190], occupé d'un voyage de découvertes. Le golfe où il aborda dépendait du territoire des Ségobriges, une des tribus galliques de la population ligurienne. Le chef ou roi des Ségobriges, que les historiens appellent Nann, accueillit avec amitié ces étrangers, et les emmena dans sa maison, où un grand repas était préparé; car ce jour-là il mariait sa fille[191]. Mêlés parmi les prétendans Galls et Ligures, les Grecs prirent place au festin, qui se composait, selon l'usage, de venaison et d'herbes cuites[192].

Note 190: Aristot. apud Athenæum, l. XIII, c. 5.

Note 191: Aristot. loco citat.—Justin, l. XLIII, c. 3.

Note 192: Diodor. Sicul. l. IV.

La jeune fille, nommée Gyptis, suivant les uns, et Petta, suivant les autres[193], ne parut point pendant le repas. La coutume ibérienne[194], conservée chez les Ligures et adoptée par les Ségobriges, voulait qu'elle ne se montrât qu'à la fin portant à la main un vase rempli de quelque boisson[195], et celui à qui elle présenterait à boire devait être réputé l'époux de son choix. Au moment où le festin s'achevait, elle entra donc, et, soit hasard, soit toute autre cause[196], dit un ancien narrateur, elle s'arrêta en face d'Euxène, et lui tendit la coupe. Ce choix imprévu frappa de surprise tous les convives. Nann, croyant y reconnaître une inspiration supérieure et un ordre de ses dieux[197], appela le Phocéen son gendre, et lui concéda pour dot le golfe où il avait pris terre. Euxène voulut substituer au nom que sa femme avait porté jusqu'alors un nom tiré de sa langue maternelle; par une double allusion au sien et à leur commune histoire, il la nomma Aristoxène, c'est-à-dire la meilleure des hôtesses.

Note 193: Gyptis. Justin. l. c.—Πέττα. Arist. ap. Athenæ. Ubi suprà.

Note 194: Elle subsiste encore aujourd'hui dans plusieurs cantons du pays basque, en France et en Espagne.

Note 195: Justin dit que cette boisson était de l'eau: Virgo cùm juberetur….. aquam porrigere (l. XLIII, c. 3.); Aristote, que c'était du vin mêlé d'eau: Φιάλην κεκραμένην (ap. Athen. l. c). Ce vin, si c'était du vin, provenait du commerce étranger, car la vigne n'était pas encore introduite en Gaule.

Note 196: Είτε άπό τύχης, είτε καί δι΄ άλλην τινα αίτίαν. Aristot.
ubi suprà.

Note 197: Τοϋ πατρός άξιοϋντος ώς κατά θεόν γενομένης τής
δώσεως…… Idem, ibidem.