Les Fabius dissimulèrent leur ressentiment, et sous prétexte de vouloir, en qualité de médiateurs, conférer avec les Clusins, ils demandèrent à entrer dans la place. Ils y trouvèrent les esprits inclinés à la paix. Les assiégés avaient tenu conseil; pressés d'en finir à tout prix, ils avaient résolu de proposer aux Gaulois la cession de quelques-unes de leurs terres si l'intervention des ambassadeurs romains restait sans effet[281]. Mais les Fabius combattirent vivement ces dispositions; ils exhortèrent les Clusins à persévérer, et, dans la colère qui les transportait, oubliant le caractère pacifique de leur mission, eux-mêmes s'offrirent à diriger une sortie sur le camp ennemi.
Note 281: Excerpt. Dion. Cass. ed. Hanov. in-fol. 1606, p. 919.
Les assiégés n'eurent garde de rejeter une telle proposition; ils sentaient que Rome, compromise par une si criante violation du droit des gens, se verrait forcée, quoiqu'elle en eût, d'agir plus efficacement comme alliée, et peut-être d'adopter cette guerre pour son propre compte. Conduits par les trois Fabius[282], ils attaquèrent un parti gaulois qui traversait la plaine en désordre sur la foi des préliminaires de paix. Comme la mêlée commençait, Q. Ambustus poussa son cheval contre un chef sénon d'une haute stature, que l'ardeur de combattre avait porté en avant des premiers rangs, le perça de sa javeline, et, suivant l'usage de sa nation, mit aussitôt pied à terre pour le dépouiller. La course rapide du Romain et l'éclat de ses armes ne permirent pas aux Gaulois de le distinguer d'abord[283]; mais sitôt qu'il fut reconnu, ce cri, «l'ambassadeur romain!» circula de bouche en bouche dans les rangs[284]. Le Brenn fit cesser le combat, disant qu'il n'en voulait plus aux Clusins; que tout le ressentiment des Sénons devait se tourner contre les Romains, violateurs du droit des gens; et sans délai il rassembla les chefs de son armée pour en conférer avec eux.
Note 282: Diod. Sicul. l. XIV, p. 321.—Tit. Liv. l. V, c. 36.
—Plutarch. Camill. p. 136.—Paul. Oros. l. II, c. 19.
Note 283: Άγνοηθείς έν άρχή, διά τό τήν σύνοδον όξεϊαν γενέσθαι, καί
τά όπλα περιλάμποντα τήν όψινά άποκρύπτειν. Plutarch. in Camil.
p. 136.
Note 284: Per totam aciem romanum legatum esse…
Tit. Liv. l. V, c. 36.
Les voix furent partagées dans le conseil sénonais. Les plus jeunes et les plus fougueux voulaient marcher sur Rome, sans retard, à grandes journées[285]; ceux à qui l'âge et l'expérience donnaient plus d'autorité firent sentir quelle imprudence il y aurait à s'engager avec si peu de forces dans un pays inconnu, ayant en face de soi le peuple le plus belliqueux de l'Italie, et derrière l'Étrurie en armes. Ils insistèrent pour qu'on fît venir avant tout des recrues de la Circumpadane. Les chefs gaulois se rangèrent à cet avis; voulant même donner à leur cause toutes les apparences de la justice, ils arrêtèrent qu'une députation serait d'abord envoyée à Rome pour dénoncer le crime des Fabius, et demander que les coupables leur fussent livrés. On choisit pour cette mission plusieurs chefs dont la taille extraordinaire pouvait imposer aux Romains[286]. D'autres émissaires se rendirent chez les Sénons et chez les Boïes[287], et l'armée gauloise se tint renfermée dans son camp, sans inquiéter davantage Clusium.
Note 285: Erant qui extemplò Romam eundum censerent; vicere seniores… Tit. Liv. l. V, c. 36.
Note 286: Appian. ap. Fulv. Ursin. p. 349.
Note 287: Diodor. Sicul. l. XIV, p. 321.