Note 343: Tit. Liv. l. V, c. 47.—Plut. in Camil. p. 142.
—Diodor. Sicul. l. XIV, p. 324.

Le mur qu'ils commençaient à escalader faisait partie de l'enceinte d'une chapelle de Junon, autour de laquelle rôdaient quelques-uns de ces chiens préposés à la défense des temples. Il s'y trouvait aussi des oies consacrées à la déesse, et que, pour cette raison, les assiégés avaient épargnées au fort de la disette qui les tourmentait. Souffrans et abattus par une longue diète, les chiens faisaient mauvaise garde, et les Gaulois leur ayant lancé par-dessus le rempart quelques morceaux de pain, ils se jetèrent dessus avec avidité et les dévorèrent, sans aboyer ni donner le moindre signe d'alarme[344]; mais à l'odeur de la nourriture, les oies, qui en manquaient depuis plusieurs jours, se mirent à battre des ailes et à pousser de tels cris, que toute la garnison se réveilla en sursaut[345]. On s'arme à la hâte; on court vers le lieu d'où partent ces cris. Il était temps; car déjà deux des assiégeans avaient atteint le haut du rempart. M. Manlius, homme robuste et intrépide, fait face lui seul aux Gaulois; d'un revers d'épée, il abat la main de l'un d'eux qui allait lui fendre la tête d'un coup de hache; en même temps il frappe si rudement l'autre au visage, avec son bouclier, qu'il le fait rouler du haut en bas du rocher[346]. Toute la garnison arrive pendant ce temps-là et se porte le long du rempart. Les assiégeans, repoussés à coups d'épées et accablés de traits et de pierres, se culbutent les uns sur les autres; ils ne peuvent fuir, et la plupart, en voulant éviter le fer ennemi, se perdent dans les précipices. Un petit nombre seulement regagna le camp.

Note 344: Οί μέν γάρ κύνες πρός τήν ριφθεϊσαν τροφήν κατεσιώπησαν.
Ælian de animal. nat. l. XII, c. 33.

Note 345: Clangore, alarumque crepitu. T. Liv. l. V, c. 49.—Diodor.
Sicul. l. XIV, p. 324.—Plut. in Camil. p. 142.—Ælian. ubi suprà.
etc.

Note 346: Plut. in Camil. p. 142.—Tit. Liv. liv. V, c. 47.

Cet échec acheva de décourager les Gaulois. Un fléau non moins cruel que la famine décimait ces corps affaiblis tout à la fois par les excès et par les privations. Un automne chaud et pluvieux avait développé parmi eux des germes de fièvres contagieuses dont l'état des localités aggravait encore le caractère. Ils avaient brûlé ou démoli les maisons et les édifices publics indistinctement dans tous les quartiers de la ville, sans songer à se conserver des abris aux environs du Capitole, où se tenaient les troupes du blocus. Depuis sept mois ils étaient donc forcés de camper sur des décombres et des cendres accumulées, d'où s'élevait, au moindre vent, une poussière âcre et pénétrante qui leur desséchait les entrailles, et d'où s'exhalaient aussi, lorsque des pluies abondantes avaient détrempé le terrein, des vapeurs pestilentielles[347]. Ils succombaient en grand nombre à ces maladies, et des bûchers étaient allumés jour et nuit sur les hauteurs pour brûler les morts[348].

Note 347: Loco… ab incendiis torrido et vaporis pleno, cineremque
non pulverem modo ferente….. Tit. Liv. l. V, c. 48.—Plut, in
Camil. p. 143.

Note 348: Bustorum indè Gallicorum nomine insigne locum fecêre. Tit.
Liv. c. 48.

Les souffrances n'étaient pas moindres dans l'intérieur de la citadelle, et chaque moment les aggravait; ni renforts, ni vivres, ni nouvelles qui soutinssent le courage, rien n'arrivait du dehors. Les assiégés étaient réduits, pour subsister, à faire bouillir le cuir de leurs chaussures[349]. Camillus ne paraissait point. Ses scrupules étaient levés, les difficultés aplanies. Ce général avait vu accourir autour de lui la jeunesse romaine et latine. Il ne comptait pas moins de quarante mille hommes sous ses enseignes[350], et cependant aucune tentative ne se faisait pour débloquer ou secourir le Capitole; soit qu'il eût assez de protéger la campagne contre les bandes affamées qui l'infestaient, soit que les milices latines et étrusques, qui avaient des combats journaliers à livrer à leurs portes mêmes, se souciassent peu d'abandonner leurs foyers à la merci d'un coup de main, pour aller tenter, sur les décombres de Rome, une bataille incertaine.

Note 349: Servius. Æneid. VIII, v. 655.