Alors les assiégés réunirent tout ce que le Capitole renfermait d'or; le fisc, les ornemens des temples, tout fut mis à contribution, jusqu'aux joyaux que les femmes, à leur départ, avaient déposés dans le trésor public[359]. Le Brenn attendait au pied du rocher les commissaires romains, avec une balance et des poids; quand il fut question de peser, un d'eux s'aperçut que les poids étaient faux, et que le Gaulois qui tenait la balance la faisait pencher frauduleusement. Les Romains se récrièrent contre cette supercherie; mais le Brenn, sans s'émouvoir, détachant son épée, la plaça ainsi que le baudrier dans le plat qui contre-pesait l'or. «Que signifie cette action? demanda avec surprise le tribun militaire Sulpicius.—Que peut-elle signifier, répondit le Brenn, sinon malheur aux vaincus![360]» Cette raillerie parut intolérable aux Romains; les uns voulaient que l'or fût enlevé et la capitulation révoquée; mais les plus sages conseillèrent de tout souffrir sans murmure; «La honte, disaient-ils, ne consiste pas à donner plus que nous n'avons promis, elle consiste à donner; résignons-nous donc à des affronts que nous ne pouvons ni éviter ni punir[361].» Le siège étant levé, l'armée gauloise se mit en marche par différens chemins et en plusieurs divisions, afin sans doute qu'elle pût, moins difficilement, se procurer des subsistances. Le Brenn, à la tête du principal corps, sortit de la ville par la voie Gabinienne[362], à l'orient du Tibre. Les autres prirent, sur la rive droite du fleuve, la direction de l'Étrurie.
Note 359: Ex ædibus sacris et matronarum ornamentis. Varro ap. Non.
Valer. Max. l. V, c. 61.—Tit. Liv. l. V, c. 50.
Note 360: Τί γάρ άλλο, είπεν, ή τοϊς νενικημένοις όδύνη; Plut. in
Camil. p. 143.—Væ victis! Tit. Liv. l. V, c. 48.
Note 361: Plutarch. in Camil. p. 143.
Note 362: Παρά τήν Γαβινίαν όδόν. Plut. in Camil. p. 144.
—Tit. Liv. l. V, c. 49.
Mais à peine étaient-ils à quelque distance de Rome, qu'une proclamation du dictateur M. Furius vint annuler, comme illégal, le traité sur la foi duquel ils avaient mis fin aux hostilités. Le dictateur déclarait «qu'à lui seul, d'après la loi romaine, appartenaient le droit de paix et de guerre et celui de faire des traités; le traité du Capitole, négocié et conclu par des magistrats inférieurs, qui n'en avaient pas le pouvoir, était illégitime et nul, qu'en un mot, la guerre n'avait pas cessé entre Rome et les Gaulois[363].» Les colonies romaines et les villes alliées, se fondant sur un pareil subterfuge, refusèrent partout aux Gaulois les subsides stipulés, et ceux-ci se virent contraints de mettre le siège devant chaque place pour obtenir à force ouverte ce que les conventions leur assuraient. Comme ils attaquaient la petite ville de Veascium, Camillus arriva à l'improviste, fondit sur eux, les défit et leur enleva une partie de leur butin[364]. Les divisions qui avaient pris par la rive droite du Tibre ne furent guère mieux traitées. Les villes leur barraient le passage, les paysans massacraient leurs traîneurs, un corps nombreux donna de nuit dans une embuscade que lui dressèrent les Cærites dans la plaine de Trausium, et y périt presque tout entier[365].
Note 363: Negat eam pactionem ratam esse, quæ, postquàm ipse dictator creatus esset, injussu suo ab inferioris juris magistratu facta esset. T. Liv. l. V, c. 49.—Plut. in Camil. p. 143.
Note 364: Τών άπεληλυθότων Γαλατών άπό Ρώμην Ούεάσκιον τήν πόλιν
σύμμαχον ούσαν Ρωμαίων πορθούντων, έπιθέμενος αύτοϊς ό αύτοκράτωρ..
Diodor. Sicul. l. XIV, p. 225.
Note 365: Ύπό Κερίων έπιβουλευθέντες, νυκτός άπαντες κατεκόπησαν έν
τώ Τραυσίώ πεδίω. Diodor. Sicul. l. XIV, l. c….
Débarrassée de ses ennemis, Rome se recontruisit avec rapidité. Par un scrupule bizarre et qu'on a peine à concevoir, le sénat, qui avait violé si complètement dans ses dispositions fondamentales le traité du Capitole, crut devoir respecter l'engagement de tenir une des portes de la ville perpétuellement ouverte; mais cette porte, il eut soin qu'elle fût placée dans un lieu inaccessible[366].Peut-être se crut-il lié par la religion du serment en tout ce qui ne contrariait pas les lois politiques; peut-être aussi, comme les portes, ainsi que les murailles des villes, étaient sacrées et mises sous la protection spéciale des dieux nationaux, les Romains craignirent-ils de rebâtir leur patrie sous les auspices d'un sacrilège.