Rome sut en profiter. L'apparition des Gaulois, si brusque et si désastreuse, avait laissé après elle un sentiment de terreur, que l'on retrouve profondément empreint dans toutes les institutions romaines de cette époque. L'anniversaire de la bataille d'Allia fut mis au nombre des jours maudits et funestes[369]; toute guerre avec les nations gauloises fut déclarée, par cela seul, tumulte, et toute exemption suspendue, pendant la durée de ces guerres, même pour les vieillards et les prêtres[370]; enfin un trésor, consacré exclusivement à subvenir à leurs dépenses, fut fondé à perpétuité et placé au Capitole: la religion appela les malédictions les plus terribles[371] sur quiconque oserait en détourner les fonds à quelque intention, et pour quelque nécessité que ce fût[372]. On vit aussi les Romains profiter de l'expérience de leurs revers pour introduire dans l'armement et la tactique de leurs légions d'importantes réformes. La bataille d'Allia et les suivantes avaient démontré l'insuffisance du casque de cuivre pour résister au tranchant des longs sabres gaulois; les généraux romains y substituèrent un casque en fer battu, et garnirent le rebord des boucliers d'une large bande du même métal. Ils remplacèrent pareillement les javelines frêles et allongées dont certains corps de la légion étaient armés, par un épieu solide appelé pilum, propre à parer les coups du sabre ennemi, comme à frapper, soit de près soit de loin[373]. Cette arme n'était vraisemblablement que le gais gallique perfectionné.
Note 369: Varro. de ling. latin. l. V, col. 35.—Epit. Pomp. Fest. col. 249. Plut. in Camil. p. 137.—Tit. Liv. l. VI.—Aurel. Victor c. 23, etc.
. . . Damnata diù romanis Allia fastis.
Lucan. l. VII. v. 409.
Note 370: Οὕτω δ' ούν ό φόβος ήν ίσχυρός, ώστε θέσθαι νόμον, άφείσθαι
τούς ίερεϊς στρατείας, χωρίς άν μή Γαλατικός ή πόλεμος. Plut. in
Camil. p. 150.—In Marcello, p. 299.—Tit. Liv. passim.—Appian.
Bell. civil. l. II. p. 453.
Note 371: Σύν άρά δημοσίά Appian. Bell. civil. l. II, p. 453.
Note 372: Appian. ibid.—Plut. in Cæsar.—Flor. IV, 2.
—Dion Cass. LXI, 71.
Note 373: Plutarch. in Camil. p. 150.—Appian. Bell. gallic. p. 754.
—Polyæn. Stratag. l. VIII, c. 7, sect. 2.
ANNEES 366 à 361. avant J.-C.
Cependant les Gaulois reprirent leurs habitudes vagabondes; une de leurs bandes parut dans la campagne de Rome, et la traversa pour aller plus avant au midi[374]: les Romains, n'osant pas les attaquer, se tinrent renfermés dans leurs murailles[375]. Pendant cinq ans les courses des Gaulois se succédèrent dans le Latium et la Campanie, et pendant cinq ans, la république s'abstint à leur égard de toute démonstration hostile. Au bout de ce temps, une de ces bandes, campée sur la rive droite de l'Anio, ayant menacé directement la ville, les légions sortirent enfin, et se présentèrent en face de l'ennemi de l'autre côté de la rivière. «Cette nouveauté, dit un historien, surprit grandement les Gaulois[376];» ils hésitèrent à leur tour, et, après une délibération tumultueuse où des avis contraires furent débattus avec chaleur, le parti de la retraite ayant été adopté, ils décampèrent à petit bruit, à la nuit close, remontèrent l'Anio, et allèrent se retrancher dans une position inexpugnable au milieu des montagnes de Tibur[377].