Note 394: Impulsi retrò ruere alii super alios, stragemque inter se cæde ipsâ fœdiorem dare: adeò præcipiti turbâ obtriti plures, quàm ferro necati. Tit. Liv. l. VII, c. 23.
Ce premier succès avait animé l'armée romaine; les travailleurs avaient jeté leurs outils et saisi leurs armes; Popilius, cédant à l'élan de ses troupes, descendit le coteau, et vint attaquer la ligne gauloise; mais là le sort se déclara contre lui. La légion qu'il commandait fut enfoncée; lui-même, ayant eu l'épaule gauche presque traversée d'un matar ou matras, espèce de javelot gaulois, fut enlevé tout sanglant du champ de bataille[395]. La blessure du consul augmenta le désordre; sa légion se débanda, et, le découragement gagnant les autres, la fuite devenait générale, lorsque Popilius, à peine pansé, se fit rapporter dans la mêlée. «Que faites-vous, soldats? criait-il; ce n'est pas à des Sabins, à des Latins que vous avez affaire: vous avez tiré l'épée contre des bêtes féroces qui boiront tout votre sang, si vous n'épuisez tout le leur. Vous les avez chassés de votre camp, la montagne est couverte de leurs morts; il faut en joncher aussi la plaine. En avant les enseignes! à l'ennemi[396]!» Les exhortations du consul ne furent pas vaines; ses troupes ralliées, se formant en triangle, attaquèrent le centre gaulois, et le rompirent. Les ailes, accourues pour soutenir le centre, furent aussi culbutées. Tout fut perdu dès lors pour les Cisalpins; car ils n'étaient pas gens à se rallier comme les Romains, ils connaissaient à peine une discipline et des chefs[397]. S'étant dirigés dans leur fuite du côté du mont Albano, ils s'y fortifièrent; et l'armée de Popilius retourna à Rome[398].
Note 395: Lævo humero matari propè trajecto. Tit. Liv. l. VII, c. 24. —On appelait encore matras, au moyen âge, un trait qui se décochait avec l'arbalète, et dont le fer était moins pointu que celui de la flèche.
Note 396: Non cum latino sabinoque hoste res est; in belluas strinximus ferrum; hauriendus aut dandus est sanguis… Inferenda sunt signa, vadendum in hostem. Ibid.
Note 397: Quibus nec certa imperia, nec duces essent.
Tit. Liv. l. VII, c. 24.
Note 398: Tit. Liv. l. VII, c. 24.
ANNEE 349 avant J.-C.
Durant l'hiver qui suivit, la rigueur du froid et le manque de vivres chassèrent les Gaulois du mont Albano; ils descendirent dans le plat pays, qu'ils parcoururent jusqu'à la mer. La côte était alors désolée par des pirates grecs, qui infestaient surtout le voisinage du Tibre. Une fois les brigands de mer, suivant l'expression d'un historien, en vinrent aux prises avec les brigands de terre[399]; mais ils se séparèrent sans que les uns ni les autres obtinssent décidément l'avantage. Les Gaulois, après quelques courses, se cantonnèrent près de Pomptinum. Au printemps, l'armée du Latium, forte de quatre légions, vint camper non loin de là; et, suivant la tactique adoptée dans ces guerres par les généraux romains, elle se contenta d'observer les mouvemens de l'ennemi[400]. Le voisinage des deux camps, pendant cette inaction, amena sans doute plus d'une provocation et plus d'un combat singulier. Les annalistes romains nous ont transmis le récit d'un événement de ce genre, mais en le dénaturant par des détails merveilleux qui rappellent le duel de Manlius Torquatus, et par d'autres bien plus extraordinaires encore.
Note 399: Prædones maritimi cum terrestribus congressi.
Tit. Liv. l. VII, c. 25.
Note 400: Quia neque in campis congredi nullâ cogente re volebat (consul) et prohibendo populationibus… satis domari credebat hostem. Tit. Liv. l. VII, c. 25.