Ici, comme au pont de l'Anio, le provocateur est un géant faisant d'énormes enjambées, et brandissant un long épieu dans sa main droite[401]; le vengeur de Rome est un jeune tribun nommé Valérius; mais l'honneur de la victoire ne lui appartient pas tout entier. Un corbeau, envoyé par les dieux[402], vient se percher sur son casque; et de là s'élançant sur le Gaulois, à coups d'ongles et de bec, il lui déchire le visage et les mains, il lui crève les yeux, il l'étourdit du battement de ses ailes; si bien que le malheureux n'a plus qu'à tendre le cou au romain qui l'égorge[403].

Note 401: Dux Gallorum vastâ et arduâ proceritate, grandia ingrediens et manu telum reciproquans… Aul. Gell. l. IV, c. 11.

Note 402: Ibi vis quædam divina fit. Idem. Ibid.

Note 403: Insilibat, obturbabat, unguibus manum laniabat, et prospectum alis arcebat. Aul. Gell. l, IV. c. 11. —Tit. Liv. l. VII, c. 26.

ANNEES 349 à 299 avant J.-C.

Ce qu'il y a de certain, c'est que Rome, ne jugeant pas prudent de pousser à bout l'armée gauloise, fit avec elle une trève de trois ans, en vertu de laquelle celle-ci put se retirer sans être inquiétée ni par la république, ni par ses alliés; la route qu'elle parcourut dans cette retraite reçut alors et porta depuis lors le nom de voie gauloise[404]. La trève se changea bientôt en une paix définitive que les Gaulois observèrent religieusement[405], quoique leurs amis les Tiburtins fussent cruellement châtiés des secours et de l'asile qu'ils leur avaient prêtés deux fois[406]. Une seule année, le bruit de mouvemens guerriers dont la Cisalpine était le théâtre vint alarmer Rome. «Quand il s'agissait de cet ennemi, dit un historien latin, les rumeurs même les plus vagues n'étaient jamais négligées[407]; le consul à qui était échu la conduite de cette guerre présumée enrôla jusqu'aux ouvriers les plus sédentaires, bien que ce genre de vie ne dispose nullement au service des armes: une grande armée fut aussi rassemblée à Véïes, et il lui fut défendu de s'éloigner davantage dans la crainte de manquer l'ennemi s'il se portait sur Rome par un autre chemin[408].»

Note 404: Via data est quæ Gallica appellatur. Sext. Jul. Fronton.
Stratag. l. II, c. 6.

Note 405: Είρήνην έποιήσαντο καί συνθήκας, έν αίς έτη τριάκοντα
μείναντες έμπεδώς… Polyb. l. II, p. 107.

Note 406: Tit. Liv. l. VIII, c. 14.

Note 407: Tumultûs Gallici fama atrox invasit, haud fermè unquam neglecta patribus. Tit. Liv. l. VIII, c. 20.