Note 478: Justin. l. XXIV, c. 5.
Note 479: Cette saison est de quarante-cinq jours.
Note 480: Pausan. l. X, p. 645.
Un jeune Grec, nommé Sosthènes, de la classe du peuple[481], mais plein de patriotisme et d'énergie, entreprit enfin d'arrêter ou du moins de troubler le cours de ces ravages. Il rassembla quelques jeunes gens, comme lui plébéiens, et se mit à inquiéter par des sorties les divisions gauloises séparées du gros de l'armée, à enlever les traîneurs et les bagages, à intercepter les vivres. Peu à peu le nombre de ses compagnons s'accrut; et il se hasarda à tenir la campagne.
Note 481: Ignobilis ipse… Justin. l. XXIV, c. 5.
L'armée macédonienne accourut alors sous ses drapeaux, et, déposant son roi Antipater, vint offrir à Sosthènes la couronne et le commandement; le jeune patriote dédaigna le titre de roi, et ne voulut accepter qu'un commandement temporaire[482]. Belg fut bientôt réduit à se tenir sur la défensive. Comme ses bagages étaient chargés de dépouilles et de richesses de tout genre, craignant d'aventurer ces fruits de sa campagne, il se soucia peu d'en venir à une bataille rangée; harcelé par Sosthènes, mais éludant toujours une action décisive, il regagna les montagnes, non sans avoir perdu beaucoup de monde[483]. Tels étaient les événemens qui arrêtèrent le Brenn et l'armée du centre au moment où, ayant réduit les peuplades de l'Hémus, ils allaient fondre sur la Macédoine. Quant à l'aile gauche, que commandait Cerethrius, elle était toujours en Thrace; trop occupée à combattre ou à piller, elle n'avait opéré aucun mouvement pour rejoindre le corps d'armée de Belg; en un mot, tout semblait avoir conspiré pour faire avorter le plan de campagne qui devait livrer aux Gaulois la Grèce septentrionale. D'ailleurs l'hiver approchait; le Brenn évacua les montagnes, et retourna dans les villages des Galls presser les préparatifs d'une seconde expédition pour le printemps suivant.
Note 482: Ipse non in regis, sed ducis nomen jurare milites compulit.
Justin. l. XXIV, c. 5.
Note 483: Justin. l. XXIV, c. 6.—Pausan. l. X, p. 644.
ANNEE 280 avant J.-C.
Le Brenn sentit qu'il était nécessaire de remonter la confiance de ses compatriotes un peu affaiblie par ce premier revers; il se mit à voyager de tribu en tribu, animant les jeunes gens par ses discours, et appelant aux armes tout ce qu'il restait de guerriers. Il ne se borna pas au territoire gallique; il alla solliciter les Boïes, habitans du fertile bassin situé entre le haut Danube et l'Oder[484], ainsi que les nations teutoniques qui occupaient déjà une partie des vastes régions, au nord des Kimris. Durant ce voyage, le Brenn traînait après lui des prisonniers macédoniens qu'il avait choisis petits et de peu d'apparence, et dont il avait fait raser la tête. Il les promenait dans les assemblées publiques, et faisant paraître à côté d'eux de jeunes guerriers galls et kimris de haute taille, parés de la chaîne d'or et de la longue chevelure, «Voilà ce que nous sommes, disait-il; grands, forts et nombreux; et voilà ce que sont nos ennemis[485]!» Alors avec ces images vives et poétiques qui formaient le caractère de l'éloquence gauloise, le Brenn peignait la faiblesse de la Grèce et sa richesse immense; les trésors de ses rois ravageurs du monde entier; les trésors de ses temples et surtout de ce temple de Delphes, si renommé jusque chez les nations les plus étrangères à la Grèce, où les plus lointaines contrées envoyaient leur tribut d'offrande[486]. Les efforts du Brenn furent couronnés d'un complet succès; il eut bientôt mis sur pied deux cent quarante mille guerriers; de ce nombre il détacha quinze mille fantassins et trois mille cavaliers qu'il laissa dans le pays à la défense des femmes, des enfans et des habitations; il organisa le reste en toute hâte[487].