Les blessures du Brenn n'étaient pas désespérées[561]; cependant, soit crainte du ressentiment de ses compatriotes, soit douleur causée par le mauvais succès de l'entreprise, aussitôt qu'il vit sa division hors de danger, il résolut de quitter la vie. Ayant convoqué autour de lui les principaux chefs de l'armée, il remit son titre et son autorité entre les mains de son lieutenant, et s'adressant à ses compagnons: «Débarrassez-vous, leur dit-il, de tous vos blessés sans exception, et brûlez vos chariots; c'est le seul moyen de salut qui vous reste[562].» Il demanda alors du vin, en but jusqu'à l'ivresse, et s'enfonça un poignard dans la poitrine[563]. Ses derniers avis furent suivis pour ce qui regardait les blessés, car le nouveau Brenn fit égorger dix mille hommes qui ne pouvaient soutenir la marche[564]; mais il conserva la plus grande partie des bagages.
Note 561: Τώ δέ Βρέννψ κατά μέν τά τραύματα έλείπετο έτι σωτηρίας έλπίς. Idem, l. X, p. 655.
Note 562: Diod. Sicul. l. XXII, p. 870.
Note 563: Άκρατον πολύν έμφορησάμενος έαυτόν άπέσφαξε.
Diod. Sicul. l. XXII, p. 870.—Pugione vitam finivit.
Justin. l. XXIV, c, 8.—Pausan. l. X, p. 655.
Note 564: Diodor. Sicul. l. XXII, p. 870.
Comme il approchait des Thermopyles, les Grecs, sortant d'une embuscade, se jetèrent sur son arrière-garde, qu'ils taillèrent en pièces. Ce fut dans ce pitoyable état que les Gaulois gagnèrent le camp d'Héraclée. Ils s'y reposèrent quelques jours avant de reprendre leur route vers le nord. Tous les ponts du Sperchius avaient été rompus, et la rive gauche du fleuve occupée par les Thessaliens accourus en masse; néanmoins l'armée gauloise effectua le passage[565]. Ce fut au milieu d'une population tout entière armée et altérée de vengeance qu'elle traversa d'une extrémité à l'autre la Thessalie et la Macédoine, exposée à des périls, à des souffrances, à des privations toujours croissantes, combattant sans relâche le jour, et la nuit n'ayant d'autre abri qu'un ciel froid et pluvieux[566]. Elle atteignit enfin la frontière septentrionale de la Macédoine. Là se fit la distribution du butin; puis les Kimro-Galls se séparèrent immédiatement en plusieurs bandes, les uns retournant dans leurs pays, les autres cherchant ailleurs de nouveaux alimens à leur turbulente activité.
Note 565: Pausan. l. X, p. 655.
Note 566: Nulla sub tectis acta nox, assidui imbres et gelu….. fames… lassitudo. Justin. l. XXII, c. 8.
Ceux qui se résignèrent au repos choisirent un canton à leur convenance au pied septentrional du mont Scardus ou Scordus sur la frontière même de la Grèce; ils y firent venir leurs femmes et leurs enfans, et s'y établirent sous le commandement d'un chef de race kimrique, nommé Bathanat, c'est-à-dire fils de sanglier[567]; cette colonie fut la souche des Gallo-Scordiskes. Les Tectosages échappés au désastre de la retraite se divisèrent en deux bandes; l'une retourna en Gaule, emportant dans le bourg de Tolosa le butin qui lui révenait du pillage de la Grèce; mais chemin faisant, plusieurs d'entre eux s'arrêtèrent dans la forêt Hercynie et s'y fixèrent[568]; la seconde bande, réunie aux Tolistoboïes et à une horde de Galls, prit le chemin de la Thrace sous la conduite de Comontor[569]. C'est à cette dernière que nous nous attacherons de préférence; ses courses et ses exploits merveilleux en Thrace et dans la moitié de l'Asie feront la matière du chapitre suivant.
Note 567: Βαθανάτος. Athen. l. VI, c. 5.—Baedhan, cochon mâle; nat, gnat, fils. Baedhan fut aussi le nom d'un guerrier fameux du temps du roi Arthur. Cf. Owen's Welsh. diction.