—Mégès, lui dit-il, on voit que tu es accoutumé à donner des festins.

Les bœufs de Mégès se nourrissaient des herbes odorantes qui croissent au flanc des montagnes. Leur chair en était toute parfumée, et les héros ne pouvaient s'en rassasier. Et comme Mégès remplissait à tout moment une coupe profonde qu'il passait ensuite à ses hôtes, le repas se prolongea très avant dans la journée. Nul n'avait souvenir d'un si beau festin.

Le soleil était près de descendre dans la mer, quand les bouviers, qui gardaient dans la montagne les troupeaux de Mégès, vinrent prendre leur part des viandes et des vins. Mégès les honorait parce qu'ils paissaient les troupeaux, non point indolemment comme les bouviers de la plaine, mais armés de lances d'airain et ceints de cuirasses, afin de défendre les bœufs contre les attaques des peuples de l'Asie. Et ils étaient semblables aux héros et aux rois, qu'ils égalaient en courage. Deux chefs les conduisaient, Peiros et Thoas, que le maître avait mis au-dessus d'eux comme les plus braves et les plus intelligents. Et, vraiment, on ne pouvait voir deux hommes plus beaux. Mégès les accueillit à son foyer comme les protecteurs illustres de ses richesses. Il leur donna de la chair et du vin autant qu'ils en voulurent.

Oineus, les admirant, dit à son hôte:

—Je n'ai pas vu, dans mes voyages, d'hommes ayant les bras et les cuisses aussi vigoureux et bien formés que les ont ces deux chefs de bouviers.

Alors Mégès prononça une parole imprudente. Il dit:

—Peiros est plus fort dans la lutte, mais Thoas l'emporte à la course.

En entendant cette parole, les deux bouviers se regardèrent l'un l'autre avec colère, et Thoas dit à Peiros:

—Il faut que tu aies fait boire au maître un breuvage qui rend insensé pour qu'il dise à présent que tu es meilleur que moi dans la lutte.

Et Peiros irrité répondit à Thoas: