VIII
Le lendemain, à une heure, au foyer du théâtre, on répétait la Grille pour la première fois. Une lumière triste s'amortissait sur les pierres grises de la voûte, des tribunes et des colonnes. Dans la majesté maussade de cette pâle architecture, sous la statue de Racine, les acteurs principaux lisaient leurs rôles, qu'ils ne savaient pas encore, devant Pradel, directeur du théâtre, Romilly, directeur de la scène, et Constantin Marc, auteur de la pièce, assis tous trois sur un canapé de velours rouge, tandis que, d'une banquette reculée dans un entre-colonnement, s'exhalaient les haines attentives et les jalousies chuchotantes des actrices sacrifiées. L'amoureux, Paul Delage, déchiffrait péniblement une réplique:
»—Je reconnais le château aux murs de brique, aux toits d'ardoise, le parc où j'ai si souvent enlacé, sur l'écorce des arbres, son chiffre et le mien, l'étang dont les eaux endormies...
Fagette reprenait:
»—Craignez, Aimeri, que le château ne vous reconnaisse pas, que le parc ait oublié votre nom, que l'étang murmure: «Quel est cet étranger?»
Mais elle était enrhumée et lisait sur une copie pleine de fautes.
—Ne restez pas là, Fagette: c'est le pavillon rustique, dit Romilly.
—Comment voulez-vous que je le sache?
—On a mis une chaise.
»—... Que l'étang murmure: «Quel est cet étranger?»