—Ce serait un grand hasard si je ne découvrais pas de quoi confirmer mon diagnostic dans ces leçons du professeur Ball sur les maladies mentales.
Il feuilleta le livre.
—Et tenez, mon cher Romilly, voici ce que je trouve pour commencer; à la dix-huitième leçon, page 389: «On rencontre beaucoup de fous parmi les acteurs.» Cette observation du professeur Ball me rappelle que l'illustre Cabanis demanda un jour au docteur Esprit Blanche si le théâtre n'était pas une cause de folie.
—Vraiment? demanda Romilly, inquiet.
—N'en doutez point, répondit Trublet. Mais écoutez ce que dit à cette même page le professeur Ball: «Il est incontestable que les médecins sont extrêmement prédisposés à l'aliénation mentale.» Et rien n'est plus vrai. Parmi les médecins, les prédestinés entre tous sont les aliénistes. Il est souvent difficile de décider lequel est le plus fou, du fou ou de son médecin. On dit aussi que les hommes de génie sont enclins à la folie. C'est certain. Toutefois il ne suffit pas d'être un imbécile pour être raisonnable.
Il feuilleta un moment encore les Leçons du professeur Ball, puis il se remit à écrire:
»... indices ordinaires de l'excitation maniaque, et, si l'on considère que le sujet était d'un tempérament névropathique, on aura lieu de croire que sa constitution le conduisit à la folie, qui, selon les professeurs les plus autorisés, n'est que l'exagération du caractère habituel de l'individu, et il n'est pas possible de lui accorder une entière responsabilité morale.»
Il signa et tendit le papier à Pradel:
—Voilà qui est innocent et trop vide de sens pour contenir le moindre mensonge.
Pradel se leva: