—Oui, pourquoi ai-je crié? dit-il d'une voix altérée, d'une voix nouvelle. Je ne savais pas que j'eusse crié. Tournebroche, n'avez-vous pas vu un homme? Il m'a heurté dans l'ombre assez rudement. Il m'a donné un coup de poing.

—Venez, lui dis-je, levez-vous, mon bon maître.

S'étant soulevé, il retomba lourdement à terre.

Je m'efforçai de le relever, et mes mains se mouillèrent en touchant sa poitrine.

—Vous saignez?

—Je saigne? Je suis un homme mort. Il m'a assassiné. J'ai cru d'abord que ce n'était qu'un coup fort rude. Mais c'est une blessure dont je sens que je ne reviendrai pas.

—Qui vous a frappé, mon bon maître?

—C'est le juif. Je ne l'ai pas vu, mais je sais que c'est lui. Comment puis-je savoir que c'est lui, puisque je ne l'ai pas vu? Oui, comment cela? Que de choses étranges! C'est incroyable, n'est-ce pas, Tournebroche? J'ai dans la bouche le goût de la mort, qui ne se peut définir… Il le fallait, mon Dieu! Mais pourquoi ici plutôt que là? Voilà le mystère! Adjutorium nostrum in nomine Domini… Domine, exaudi orationem meam…

Il pria quelque temps à voix basse, puis:

—Tournebroche! mon fils, me dit-il, prenez les deux bouteilles que j'ai tirées de la soupente et mises ci-contre. Je n'en puis plus. Tournebroche, où croyez-vous que soit la blessure? C'est dans le dos que je souffre le plus, et il me semble que la vie me coule le long des mollets. Mes esprits s'en vont.