CORRESPONDANCE DE MARIE-LOUISE

Publiée à Vienne, 1 vol. in-8°.

La vie littéraire se nourrit parfois de souvenirs et cherche l'entretien des ombres. Nous allons commercer aujourd'hui avec une princesse dont la correspondance, récemment publiée, a soulevé une certaine curiosité. Vous savez déjà qu'on vient d'imprimer à Vienne, sous les auspices secrets du comte Falkenhayn, ministre de l'agriculture, un choix des lettres que Marie-Louise écrivit de 1799 à 1847, à la comtesse Colloredo, qui avait dirigé son éducation pendant dix ans, et à la fille de celle-ci, Victoire de Pontet, comtesse de Crenneville.

«Nous avons mis tous nos soins à trier ses lettres, dit l'éditeur allemand, pour être sûr d'appeler sur elles l'intérêt du public, trop heureux s'il était excité au point d'attirer son attention sur la tombe de la duchesse de Parme. Puissions-nous, le jour des Morts, où le monde afflue dans le caveau impérial, entendre dire: «Voici le cercueil de l'archiduchesse Marie-Louise, qui, l'année 1810, s'est sacrifiée pour la monarchie et son père!» M. le comte de Falkenhayn sera déçu dans ses pieuses espérances. Les lettres qu'il publie ne changeront point le sentiment de ceux qui les liront. Après comme avant leur publication, le souvenir de la fille de l'empereur François Ier n'obtiendra pas, même dans sa patrie, le culte qu'on doit aux augustes mémoires. Partout où battent des coeurs honnêtes, on refusera de donner le nom sacré de victime à celle qui fut infidèle au malheur.

Les lettres de Marie-Louise à la comtesse de Colloredo et à mademoiselle de Pontet sont écrites en français, sans éclat, sans correction et sans grâce, mais clairement. Dès l'âge de sept ans, la princesse savait s'exprimer d'une façon intelligible en français comme en allemand. Elle s'habitua plus tard à penser dans la langue de sa nouvelle patrie. À vingt et un ans, elle savait mieux le français que l'allemand. «Dans sa correspondance avec son père, dit le baron Menneval, elle était souvent obligée de recourir à des expressions françaises, parce qu'elle avait oublié les mots équivalents de sa langue maternelle.»

Les premières lettres, il faut le dire, sont assez aimables. Elles nous mettent dans l'intimité de la cour de Vienne et témoignent des moeurs simples et familiales qui y règnent. «Maman, dit la petit Louise en parlant de sa jeune belle-mère, cause et lit toute la soirée avec moi. L'empereur fait des excursions dans la campagne avec ses filles.» Ces petits voyages amusent Louise extrêmement, «parce que, dit-elle, mon cher papa a la bonté de m'enseigner une quantité de choses». Une des lettres de sa dixième année commence ainsi: «J'ai lu avec grand plaisir que les tourterelles font un nid.» Louise fait des ouvrages à l'aiguille: des habits pour des bébés, des fichus brodés.

À quatorze ans, elle écrit qu'elle a lu les voyages de Zimmermann, et elle ajoute:

J'ai aussi brodé un portefeuille pour papa, dont c'était le jour de naissance hier; puis j'ai commencé un autre ouvrage dont je t'écrirai plus tard, car c'est une surprise pour maman; le soir, je tricote un jupon.

La future impératrice des Français était alors une enfant timide, paisible, obéissante, lente, dont le rire et les pleurs ne finissaient point. Son caractère était déjà formé. Elle s'acquittait envers le malheur d'un seul coup, par une crise de nerfs. Au reste, bienveillante à tout et à tous, docile aux hommes, docile aux choses, caressant ses parents, ses amis et les bêtes du bon Dieu. Elle nourrissait des grenouilles et apprivoisait un petit lièvre. C'était la bonne Louise. Mais ceux qui la connaissaient bien lui découvraient un fond de ruse instinctive et des ressources inattendues pour se tirer d'affaire dans les situations difficiles. (Voir sur ce point la lettre du 23 décembre 1809, page 132.)

Elle n'est pas habituée à penser par elle-même; pourtant, à dix-sept ans; elle se permet d'avoir son avis sur ses lectures. Elle ose trouver fades les romans d'Auguste Lafontaine, qui faisaient les délices de sa belle-mère. La Pluralité des mondes lui inspire une réflexion juste.