Il faut, dit-elle après avoir lu ce livre, il faut pourtant laisser aux Français l'avantage que les Allemands n'ont pas, c'est de donner à toutes les sciences les plus abstraites et sérieuses une tournure si agréable, qu'elles plaisent même aux femmes, ce qui est le cas pour Fontenelle.

Elle a du goût pour la peinture et fait de jolies aquarelles. Elle ne s'en tient pas là.

Mes oncles, qui sont d'excellents peintres, et mon maître m'ont tellement tourmentée, que j'ai dû prendre la résolution de peindre à l'huile. J'y ai tout de suite pris du goût. Je peins un paysage bien triste qui me plaît pour cette raison.

Puis elle s'attaque à «un énorme tableau, qui représente sainte Barbe debout» et elle essaye le portrait du comte Edling. «Le comte Edling n'est pas beau, mais c'est justement dans le laid qu'on peut étudier l'art de la peinture.»

Elle chante, elle joue du clavecin, elle a même composé six valses, «mais elle ne peut les produire». Elle aime la danse et elle danse beaucoup. Valses, écossaises et quadrilles la ravissent également. Elle est désolée quand il lui faut tenir le piano pour faire danser les invités.

Chassée de Vienne en 1809 par les Français victorieux, elle se retire à Erlau avec l'impératrice. Elle habite une masure démeublée et couche dans un lit plein de vermine. Pourtant elle est contente, parce que «c'est comme une maison de campagne».—«À trois heures on est réveillé par les cochons qu'on mène au pâturage.» Son grand plaisir est d'acheter des cerises aux paysannes.

De là, Napoléon lui apparaît comme un monstre N'est-il pas le persécuteur de sa famille et de son peuple? N'a-t-il pas mis la maison de Hapsbourg à deux doigts de sa perte? N'est-ce pas devant lui qu'elle fuit avec les siens de ville en ville? Aussi comme elle accueille tous les contes qu'on fait sur le tyran, avec quelle bonne foi elle raconte qu'il s'est fait Turc et a renié le Christ en Egypte, et que, dans une grande défaite, le 22 mai 1809, il a tué de sa main deux de ses généraux. En réalité, le 22 mai 1809, l'empereur gagnait la bataille d'Essling et pleurait en embrassant le maréchal Lannes mortellement frappé. Pour elle, Napoléon, c'est l'Antéchrist. (Lettre du 8 juillet 1809.) Elle tremble à son nom.

Je vous assure que de voir cette personne me serait un supplice pire que tous les martyres, et je ne sais si cela ne lui viendrait pas en tête.

Bientôt, elle apprend de toutes parts que le monstre quitte sa femme pour en prendre une autre dans une des cours de l'Europe. «Je plains, dit-elle, la pauvre princesse qu'il choisira.» Mais, quand, enfin, elle soupçonne que cette pauvre princesse, c'est elle-même, elle se résigne. Marie-Louise était née pour la résignation.

Depuis le divorce de Napoléon, j'ouvre chaque gazette de Francfort dans l'idée d'y trouver la nomination de la nouvelle épouse, et j'avoue que ce retard me cause des inquiétudes involontaires; je remets mon sort entre les mains de la Providence, elle seule sait ce qui peut nous rendre heureux. Mais, si le malheur voulait, je suis prête à sacrifier mon bonheur particulier au bien de l'État, persuadée que l'on ne trouve la vraie félicité que dans l'accomplissement de ses devoirs, même au préjudice de ses inclinations. Je ne veux plus y penser; mais, s'il le faut, ma résolution est prise, quoique ce serait un double et bien pénible sacrifice. Priez pour que cela ne soit pas. (22-23 janvier 1810.)