Soldat de mon pays.
N'en dit' rien à mon père;
Écrivez-lui plutôt
Que je sors de Bordeaux
Pour aller en Avignon
Suivre mon bataillon.
En somme, les peuples n'aiment pas la guerre, et ils ont bien raison. Les chansons vraiment populaires de notre France, où pourtant les soldats poussent comme le blé, ces chansons, qui se lèvent du sillon avec l'alouette, sont du parti des mères. Le chef-d'oeuvre, la merveille des chansons rustiques, n'est-ce pas la complainte de Jean Renaud, qui revient de la guerre, tenant ses entrailles dans ses mains:
—Bonjour, Renaud; bonjour, mon fils,
Ta femme est accouchée d'un fils
—Ni de ma femm' ni de mon fils
Je ne saurais me réjouir.
Que l'on me fass' vite un lit blanc
Pour que je m'y couche dedans.
Et quand ce vint sur le minuit,
Le beau Renaud rendit l'esprit.
La suite de la complainte est sublime, et M. Julien Tiersot a bien raison de tenir cette oeuvre, paroles et musique, pour une des plus belles inspirations du génie inculte.
—Dites-moi, ma mère, ma mie,
Qu'est-c' que j'entends pleurer ici?
—C'est un p'tit pag' qu'on a fouetté
Pour un plat d'or qu'est égaré.
—Dites-moi, ma mère, ma mie,
Qu'est-ce que j'entends cogner ici?
—Ma fille, ce sont les maçons
Qui raccommodent la maison.
—Dites-moi, ma mère, ma mie,
Qu'est-c' que j'entends sonner ici?
—C'est le p'tit dauphin nouveau né.
Dont le baptême est retardé.
—Dites-moi, ma mère, ma mie,
Qu'est-ce que j'entends chanter ici?
—Ma fille, c' sont les processions
Qui font le tour de la maison.
………………………………
—Dites-moi, ma mère, ma mie,
Irai-je à la messe aujourd'hui?
—Ma fille, attendez à demain,
Et vous irez pour le certain.
Tout est admirable dans cette complainte, dont on connaît un grand nombre de versions. Selon une variante recueillie à Boulogne-sur-Mer par M. Ernest Hamy, lorsque la femme de Jean Renaud voit dans l'église le cercueil de son mari et qu'elle apprend ainsi qu'elle est veuve, elle se tourne vers sa belle-mère: