En Bresse, on chante au labour, pour exciter les boeufs, des chansons dites «chansons de grand vent». On en cite une, entre autres, empreinte d'une morne rudesse:

Le pauvre laboureur,
Il est bien malheureux!
Du jour de sa naissance
Il a bien du malheur;
Qu'il pleuv', qu'il neig', qu'il grêle,
Qu'il fasse mauvais temps,
L'on voit toujours sans cesse
Le laboureur aux champs!

La plainte, si grave au début, se colore d'un peu de fantaisie.

Il est vêtu de toile
Comme un moulin à vent.
Il port' des arselettes:
C'est l'état d' son métier,
Pour empêcher la terre
D'entrer dans ses souliers.

Ses «arselettes», ce sont ses guêtres, comme le sens de la phrase l'indique suffisamment. Au dernier couplet, il hausse le ton, dit avec une juste fierté:

Il n'y a roi ni prince,
Ni ducque ni seigneur.
Qui n'vive de la peine
Du pauvre laboureur.

M. Paul Arène veut bien m'envoyer une chanson provençale du même genre qu'il a recueillie lui-même. «C'est, dit-il, la plainte du paysan, l'histoire ingénûment contée de son éternelle querelle avec la terre. Et certes un paysan seul a pu, dans l'ennui des lents labourages, composer lentement, sur une musique large, triste et se prolongeant en échos, ces couplets d'un réalisme si poignant et si mélancolique.» M. Paul Arène a fait de cette chanson une traduction ferme et colorée. Le début en est grand et rappelle les bucoliques syracusaines, tant il reste de génie antique dans l'âme provençale:

Venez pour écouter—la chanson tant aimable—de ces pauvres bouviers—qui passent leur journée—aux champs, tout en labourant.

Puis, c'est avec la tranquille bonhomie d'un Hésiode rustique que le bon chanteur dit les travaux et les jours du laboureur:

Quand vient l'aube du jour—que le bouvier s'éveille—il se lève et prie Dieu—et puis, après, il mange—sa bouillie de pois—c'en est la saison.