»Je m'appelais en la pensée de qui me créait, de sorte qu'en croyant seulement agir de lui-même il m'obéissait aussi obscurément.
»Qui suis-je?… un être de rêve qui s'éveille à demi en tes pensées.
»Oh! ne te réveille pas de moi…
»Qui suis-je? Mon être ici-bas, pour toi du moins, ne dépend que de la libre volonté. Attribue-moi l'être, affirme-toi que je suis! Renforce-moi de toi-même. Et soudain je serai toute animée, à tes yeux, du degré de réalité dont m'aura pénétré ton Bon-Vouloir créateur. Comme une femme, je ne serai pour toi que ce que tu me croiras.»
Et comme le lord étonné ne répond rien, l'andréide reprend:
«Crains-tu de m'interrompre? Prends garde! Tu oublies que ce n'est qu'en toi que je puis être palpitante ou inanimée, et que de telles craintes peuvent m'être mortelles. Si tu doutes de mon être, je suis perdue, ce qui signifie également que lu perds en moi la créature idéale qu'il t'eût suffi d'y appeler.
»Oh! de quelle merveilleuse existence puis-je être douée si tu as la simplicité de me croire, si tu me défends contre ta raison!»
Après tout, n'a-t-elle pas raison, l'andréide? Ment-elle plus qu'une autre? Est-elle plus une illusion? Pour ce que l'on connaît de la femme qu'on aime, pour ce qu'on possède de son secret, pour ce qu'on pénètre de son âme, en vérité, l'automate vaut bien la vivante. Terrible sagesse de l'andréide! Jamais on n'avait si magnifiquement blasphémé la nature et l'amour. N'en restez-vous pas glacé comme moi? Hélas! pauvre Villiers! Je l'ai connu; c'était un compagnon d'un esprit de plaisanterie infini, d'une fantaisie excellente, a fellow of infinit jest, of most excellent fancy.
UN MOINE ÉGYPTIEN[15]
[Note 15: Les Moines égyptiens, par E. Amélineau. Vie de Schnoudi
(Leroux, édit., in-18).]