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Nous n'enfermons plus notre croyance dans les vieux dogmes. Pour nous, le Verbe ne s'est pas révélé seulement sur la sainte montagne dont parle l'Écriture. Le ciel des théologiens nous apparaît désormais peuplé de vains fantômes. Nous savons que la vie est brève, et, pour la prolonger, nous y mettons le souvenir des temps qui ne sont plus. Nous n'espérons plus en l'immortalité de la personne humaine; pour nous consoler de cette croyance morte, nous n'avons que le rêve d'une autre immortalité, insaisissable celle-là, éparse, qu'on ne peut goûter que par avance, et qui, d'ailleurs, n'est promise qu'à bien peu d'entre nous, l'immortalité des âmes dans la mémoire des hommes.
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Nous n'avons rien à faire en ce monde qu'à nous résigner. Mais les nobles créatures savent donner à la résignation le beau nom de contentement. Les grandes âmes se résignent avec une sainte joie. Dans l'amertume du doute, au milieu du mal universel, sous le ciel vide, elles savent garder intactes les antiques vertus des fidèles. Elles croient, elles veulent croire. La charité du genre humain les échauffe. C'est peu encore. Elles conservent pieusement cette vertu que la théologie chrétienne mettait dans sa sagesse au-dessus de toutes les autres, parce qu'elle les suppose ou les remplace: l'espérance. Espérons, non point en l'humanité qui, malgré d'augustes efforts, n'a pas détruit le mal en ce monde, espérons dans ces êtres inconcevables qui sortiront un jour de l'homme, comme l'homme est sorti de la brute. Saluons ces génies futurs. Espérons en cette universelle angoisse dont le transformisme est la loi matérielle. Cette angoisse féconde, nous la sentons croître en nous; elle nous fait marcher vers un but inévitable et divin.
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Les vieillards tiennent beaucoup trop à leurs idées. C'est pourquoi les naturels des îles Fidji tuent leurs parents quand ils sont vieux. Ils facilitent ainsi l'évolution, tandis que nous en retardons la marche en faisant des académies.
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L'ennui des poètes est un ennui doré, ne les plaignez pas trop; ceux qui chantent savent charmer leur désespoir; il n'est telle magie que la magie des mots. Les poètes se consolent, comme les enfants, avec des images.
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En amour, il faut aux hommes des formes et des couleurs; ils veulent des images. Les femmes ne veulent que des sensations. Elles aiment mieux que nous, elles sont aveugles. Et si vous pensez a la lampe de Psyché, à la goutte d'huile, je vous dirai que Psyché n'est pas la femme, Psyché est l'âme. Ce n'est pas la même chose. C'est même le contraire. Psyché était curieuse de voir, et les femmes ne sont curieuses que de sentir. Psych cherchait l'inconnu. Quand les femmes cherchent, ce n'est pas l'inconnu qu'elles cherchent. Elles veulent retrouver, voil tout, retrouver leur rêve ou leur souvenir, la sensation pure. Si elles avaient des yeux, comment parviendrait-on à s'expliquer leurs amours?