"Car, dit-elle en souriant, il y a encore de l'argent en France, mais il se cache."
Mieux encore: puisque l'art était perdu, elle procurerait à Évariste un emploi chez Morhardt ou chez les frères Perregaux, ou une place de commis chez un fournisseur aux armées.
Puis elle songea que ce n'était pas cela qu'il fallait à un homme de ce caractère; et, après un moment de réflexion, elle fit signe qu'elle avait trouvé:
"Il reste à nommer plusieurs jurés au Tribunal révolutionnaire. Juré, magistrat, voilà ce qui convient à votre fils. Je suis en relation avec les membres du Comité de Salut public; je connais Robespierre l'aîné; son frère soupe très souvent chez moi. Je leur parlerai. Je ferai parler à Montané, à Dumas, à Fouquier."
La citoyenne Gamelin, émue et reconnaissante, mit un doigt sur sa bouche: Évariste rentrait dans l'atelier.
Il descendit avec la citoyenne Rochemaure l'escalier sombre, dont les degrés de bois et de carreaux étaient recouverts d'une crasse antique.
Sur le Pont-Neuf, où le soleil, déjà bas, allongeait l'ombre du piédestal qui avait porté le Cheval de Bronze et que pavoisaient maintenant les couleurs de la nation, une foule d'hommes et de femmes du peuple écoutaient, par petits groupes, des citoyens qui parlaient à voix basse. La foule, consternée, gardait un silence coupé par intervalles de gémissements et de cris de colère. Beaucoup s'en allaient d'un pas rapide vers la rue de Thionville, ci-devant rue Dauphine; Gamelin, s'étant glissé dans un de ces groupes, entendit que Marat venait d'être assassiné.
Peu à peu la nouvelle se confirmait et se précisait: il avait été assassiné dans sa baignoire, par une femme venue exprès de Caen pour commettre ce crime.
Certains croyaient qu'elle s'était enfuie; mais la plupart disaient qu'elle avait été arrêtée.
Ils étaient là, tous, comme un troupeau sans berger.