»—Quel est cet air si vif? demanda Gratien.

»—C'est l'hymne de la guerre contre les Marsouins, répondit le paysan. Tout le monde le chante ici. Les petits enfants le savent avant que de parler. Nous sommes tous de bons Pingouins.

»—Vous n'aimez pas les Marsouins?

»—Nous les haïssons.

»—Pour quelle raison les haïssez-vous?

»—Vous le demandez? Les Marsouins ne sont-ils pas les voisins des
Pingouins?

»—Sans doute.

»—Eh bien, c'est pour cela que les Pingouins haïssent les Marsouins.

»—Est-ce une raison?

»—Certainement. Qui dit voisins dit ennemis. Voyez le champ qui touche au mien. C'est celui de l'homme que je hais le plus au monde. Après lui mes pires ennemis sont les gens du village qui grimpe sur l'autre versant de la vallée, au pied de ce bois de bouleaux. Il n'y a dans cette étroite vallée, fermée de toutes parts, que ce village et le mien: ils sont ennemis. Chaque fois que nos gars rencontrent ceux d'en face, ils échangent des injures et des coups. Et vous voulez que les Pingouins ne soient pas les ennemis des Marsouins! Vous ne savez donc pas ce que c'est que le patriotisme? Pour moi, voici les deux cris qui s'échappent de ma poitrine: «Vivent les Pingouins! Mort aux Marsouins!»