--Dans le lac, dit Jacques de Cadde. Alors elle se serait noyée, voilà tout.
--Eh bien! reprit Henri Léon, trente mille citoyens noyés, ce n'était donc rien? Le ministère et le gouvernement n'en auraient donc éprouvé ni difficultés sérieuses ni péril réel? Ce n'était donc pas une journée?... Tenez, vous n'êtes pas des politiques. Vous n'êtes pas fichus de renverser la République.
--Vous verrez ça après l'Exposition, dit le jeune de Cadde avec la candeur de la foi. Moi, pour commencer, à Longchamp, j'en ai crevé un.
--Ah! vous en avez crevé un? Demanda le jeune Dellion avec intérêt. Quel type était-ce?
--Un ouvrier mécanicien... Si c'avait été un sénateur, c'aurait mieux valu. Mais dans une foule on a plus de chances de tomber sur un ouvrier que sur un sénateur.
--Qu'est-ce qu'il faisait, votre mécanicien? demanda Lacrisse.
--Il criait: «Vivent les soldats!» Je l'ai crevé.
Alors le jeune Dellion, piqué d'une émulation généreuse, fit connaître qu'un socialiste dreyfusard ayant crié «Vive Loubet!», il lui avait cassé la gueule.
--Tout va bien! dit Jacques de Cadde.
--Il y a des choses qui pourraient aller mieux, dit Hugues Chassons des Aigues. Ne nous congratulons pas trop. Le 14 Juillet, Loubet, Waldeck, Millerand, André sont rentrés chacun chez soi. Ils n'y seraient pas rentrés si on m'avait écouté. Mais on ne veut pas agir. Nous manquons d'énergie.