La pauvresse s’était levée à mon approche. Elle tenait un plumeau rustique, des ramilles de bouleau nouées d’un lien d’écorce, dont elle se mit à épousseter religieusement les dalles du parquet.

— Savez-vous, lui dis-je, que sainte Anne et vous avez l’air de deux sœurs.

— Je suis comme elle une aïeule, me répondit-elle, et, comme moi, Dieu merci ! elle est Bretonne.

— Sainte Anne, une Bretonne ? En êtes-vous bien sûre, marraine vénérable ?

Elle me regarda de son œil de fée, à travers ses longs cils grisonnants ; et, d’un ton de pitié :

— Comme on voit bien que vous êtes de la ville ! Les gens de la ville sont des ignorants ; ils nous méprisent, nous autres, gens du dehors, parce que nous ne savons point lire dans leurs livres, mais, eux, que sauraient-ils de leur pays, si nous n’étions là pour les renseigner !… Eh oui ! sainte Anne était Bretonne… Allez au château de Moëllien, on vous montrera la chambre qu’elle habitait, du temps qu’elle était reine de cette contrée. Car elle fut reine ; elle fut même duchesse, ce qui est un plus beau titre. On la bénissait dans les chaumières, à cause de sa bonté, de son infinie commisération pour les humbles et pour les malheureux. Son mari, en revanche, passait pour très dur. Il était jaloux de sa femme, ne voulait pas qu’elle eût d’enfants. Lorsqu’il découvrit qu’elle était grosse, il entra dans une grande colère et la chassa comme une mendiante, en pleine nuit, au cœur de l’hiver, à demi nue sous une pluie glacée.

» Errante et plaintive, elle marcha devant elle au hasard. Dans l’anse de Tréfentec, au bas de cette dune, une barque de lumière se balançait doucement, quoique la mer fût agitée ; et à l’arrière de la barque se tenait un ange blanc, les ailes éployées en guise de voiles.

» L’ange dit à la sainte :

»  — Monte, afin que nous appareillions, car les temps sont proches.

»  — Où prétendez-vous me conduire ? demanda-t-elle.