» Il répondit :

»  — Le vent nous mènera. La volonté de Dieu est dans le vent.

» Ils voguèrent du côté de la Judée, prirent terre dans le port de Jérusalem. Quelques jours plus tard, Anne accouchait d’une fille que Dieu destinait à être la Vierge. Elle l’éleva pieusement, lui apprit ses lettres dans un livre de cantiques, et fit d’elle une personne sage de corps et d’esprit, digne de servir de mère à Jésus. Sa tâche terminée, comme elle se sentait vieillir, elle implora le ciel, disant :

»  — Je me languis de mes Bretons. Qu’avant de mourir je revoie ma paroisse, la grève, si douce à mes yeux, de la Palude en Plounévez-Porzay !

» Son vœu fut exaucé. La barque de lumière la revint prendre, avec le même ange à la barre, seulement il était vêtu de noir, pour signifier à la sainte son veuvage, le seigneur de Moëllien ayant trépassé dans l’intervalle.

» Les gens du château, assemblés sur le rivage, accueillirent leur châtelaine avec de grandes démonstrations de joie, mais elle les congédia sur-le-champ.

»  — Allez ! leur enjoignit-elle, allez, et distribuez aux pauvres tous mes biens.

» Elle avait résolu de finir ses jours terrestres dans la pénitence. Et désormais elle vécut ici, sur cette dune déserte, en une oraison perpétuelle. L’éclat de ses yeux rayonnait au loin sur les eaux, comme une traînée de lune. Aux soirs d’orage, elle était la sauvegarde des pêcheurs. D’un geste elle apaisait la mer, faisait rentrer les vagues dans leur lit ainsi qu’une bande de moutons à l’étable.

» Jésus, son petit-fils, entreprit à cause d’elle le voyage de Basse-Bretagne. Avant de gravir le Calvaire, il vint lui demander sa bénédiction, accompagné des disciples Pierre et Jean. La séparation fut cruelle : Anne pleurait des larmes de sang, et Jésus avait beau faire, il ne réussissait point à la consoler. Finalement il lui dit :

»  — Songe, grand’mère, à tes Bretons. Parle ! Et, en ton nom, quelque faveur que ce soit, je suis prêt à la leur accorder.