— Vous êtes sans doute pèlerine ? demandai-je.

— Je le fus, oui. Naguère on ne voyait que moi sur les routes. Mais les forces s’usent, j’ai près de quatre-vingts ans ; je devrais être déjà couchée dans ma maison du cimetière. Je pratique encore pourtant, parce qu’il faut vivre jusqu’au bout, n’est-ce pas ?

Elle m’apprit qu’elle se rendait à Rumengol, par Berrien, Commana, à travers tout le pays montueux. Et il y avait deux jours qu’elle voyageait, depuis Plounévez-Moédec, dans les Côtes-du-Nord, jouxte la forêt de Coat-an-Noz. Elle allait prier la Vierge de Tout-Remède[31] pour le prompt trépassement d’un moribond qui souffrait des affres infinies sans pouvoir exhaler son dernier souffle.

[31] De Rumengol, nom de lieu, dont la signification s’est perdue, le clergé a fait Remed-oll, ce qui veut dire Tout-Remède.

Pour me retenir plus longtemps à son côté, elle se mit à me donner des détails sur les rites qu’elle aurait à accomplir, une fois parvenue au lieu de son pèlerinage. Elle s’agenouillerait d’abord en face du porche où Gralon est représenté implorant pour les Bretons la tendresse de Notre-Dame, Mère de la chrétienté. Elle ferait ensuite à trois reprises le tour de la chapelle, pieds nus, ses souliers dans les mains, en marchant à l’encontre du soleil et en récitant la très ancienne ballade, en langue armoricaine, connue sous le nom de Rêve de la Vierge[32].

[32] Cf. Soniou Breiz-Izel, t. II, p. 344.

Dame Marie la douce en son lit reposait

Quand il lui vint un rêve ;

Son fils passait et repassait

Devant elle, et la contemplait…