Il parlait d’un ton si humble que la pennhérès en fut touchée.
— A votre service ! répondit-elle.
Ils se mirent à cheminer côte à côte, sous l’averse qui redoublait de violence, la jeune fille garantissant de son mieux le vieillard. Celui-ci, malgré son antiquité, marchait d’un pas dispos, d’une allure aisée et légère, comme si les pans de sa veste, fouettés de la pluie et du vent, lui eussent tenu lieu d’ailes.
— Vous êtes une belle enfant, disait-il, et, ce qui a plus de prix, vous avez l’air d’une enfant sage. J’ai eu jadis une fille qui vous ressemblait : elle avait votre âge, votre taille, et, comme vous, de blonds cheveux couleur de paille claire. Je l’aimais de toute mon âme. Mais elle n’avait point votre sagesse ; la soif des choses défendues brûlait son cœur, ses yeux et ses lèvres. Elle a été la tristesse de ma vie, elle est ma honte dans l’éternité.
Il se tut : sur sa figure misérable les larmes ruisselaient. La pennhérès se sentait troublée, comme au contact d’une personne surnaturelle. Au bout d’un instant il reprit :
— Je vous donnerais bien, en guise de remercîment, cette émeraude qui me vient d’elle, mais elle ne vous porterait pas bonheur. D’ailleurs la bénédiction de Notre-Dame de Tout-Remède est sur vous : cela vaut mieux que tous les diamants.
Puis, s’arrêtant auprès d’une brèche :
— Ma route maintenant est par ici. Que l’ange des voyages paisibles vous accompagne !
Elle le vit disparaître dans les guérets, en sanglotant, et au même moment, par delà les coteaux embrumés, il se fit une grande déchirure blanche dans la direction de la mer. Elle serra vivement les paupières et se signa par trois fois, pour écarter d’elle et des siens l’influence de Mary Morgane. Quand, de retour au logis, elle eut narré à ses parents cet épisode de son pèlerinage, les anciens de la famille gardèrent quelque temps un silence embarrassé ; puis, l’un d’eux murmura :
— Nous allons réciter, avant de commencer les grâces, un De profundis pour le repos du Roi Gralon…