Je dégringolais déjà quatre à quatre les marches de l’escalier. L’obscurité, dans ma cellule, était si profonde qu’il me fallut cueillir à tâtons le petit meuble sur l’étagère d’angle où, depuis tantôt deux ans, il avait sa place. Ma gaucherie sans doute fut cause qu’un des menus tiroirs, mal fermé, s’entrouvrit, car j’entendis le tintement d’une pièce de monnaie sur le parquet de briques.

— Mon sou de dix-huit deniers ! murmurai-je.

Vite, je m’agenouille, et me voilà de promener mes mains à plat sur le sol pour le retrouver. Ne sentant rien, je me penche davantage, et comme j’étends le bras sous le lit, un frisson subit me parcourt les moelles. Le sou est là, qui brille dans les ténèbres, qui brille d’une pâle clarté verdâtre et darde sur moi, dirait-on, l’unique et fascinante prunelle de quelque bête invisible de l’ombre.

— Qu’est-ce que tu as ? s’écria Louarn, lorsque je fus de retour dans la lanterne. Tu es aussi blême que si tu avais vu la mort !…

Je m’étais affalé sur le banc de quart, et ce ne fut qu’après un assez long intervalle, qu’ayant enfin surmonté mon trouble, je pus mettre mon compagnon au courant de l’aventure.

— Bah ! fit-il, des blagues !… Tu crois encore à ces sornettes de bonnes femmes ?… Un talisman, n’est-ce pas ?… comme dans les contes de fées !

Il riait d’un rire saccadé, un peu voulu, qui ne laissait pas de trahir un certain malaise. Je lui rétorquai :

— Et la lueur, alors ?… Tu ne diras cependant pas que je l’ai rêvée ?…

Il eut un haussement d’épaules :

— Ces choses-là s’expliquent à l’école primaire… Le vert-de-gris, — l’humidité, — la phosphorescence, — que sais-je, moi ! D’ailleurs, — ajouta-t-il, en venant se planter en face de moi, faisons un pari : nous sommes au 2 mars ; si d’ici le 2 avril il ne t’est rien arrivé de malencontreux, tu nous paies une petite noce de famille. Dans le cas contraire, eh bien, c’est moi qui m’exécuterai… Cela te va-t-il ?