Je me reculai jusqu’à la pierre de l’âtre où je m’accroupis, les mains aux genoux, le front incliné vers le parquet.
— Tu vas me trouver plus déraisonnable que jamais, commençai-je. Mais promets-moi, je t’en supplie, de ne point me gronder.
— Tout ce que tu voudras, pourvu que je sache enfin…
J’exhalai un fort soupir.
— Voici. Tu te rappelles peut-être ce sou ancien, qu’au moment de notre mariage encore je portais au cou comme une médaille ?
— Ou mieux, comme une amulette… Une petite chose assez sale, d’ailleurs, toute rongée de vert-de-gris. Comme j’en avais quelque dégoût, tu la quittas pour l’amour de moi, quoiqu’elle te vînt de ta mère. Oui certes, je me rappelle ! Et je me rappelle aussi l’histoire que tu me contas à son sujet. On a de singulières idées en Léon !… Y croirais-tu toujours à cette histoire ?
— Qu’est-ce que tu veux ? Il y a des maladies de naissance dont on ne guérit jamais.
— Et alors, ce sou mirobolant ?…
— Ne te moque pas, Adèle. Il a parlé.
Je lui narrai tout d’un trait, et sans omettre un détail, l’aventure de la nuit du 2 mars, à Gorlébella. Lorsque j’en fus à lui dépeindre le cauchemar qui m’avait crucifié jusqu’à l’aube, et comment, au réveil, je m’étais presque pris à souhaiter le trépas de ma mère, elle eut un sursaut qui la pencha vers moi d’un mouvement rapide et passionné.