— Retenez-le, car ce n’est pas dans les livres… Cela s’appelle la randonnée de l’âme défunte


La randonnée de l’âme défunte !… Voilà bien ce que fut cet étrange, ce fantomatique voyage au pays de mes origines et de mon printemps. Landerneau est le seuil du Léon, mon ingénieur. Je m’étais dit :

— Je ne le franchirai pas !

J’avais même commencé de rebrousser chemin vers le Sud, avec l’intention de regagner la Cornouailles, par petites étapes. Mais, dès la montée de Penn-Créach, au troisième kilomètre, mes jarrets fléchirent. Je m’assis sur un tas de cailloux. Au soleil baissant, je n’avais pas bougé d’une semelle. J’étais sans courage. Des rouliers passèrent, qui allaient dans la direction de la ville : je reconnus, à leurs clochettes tintinnabulantes, les harnais des minoteries de l’Elorn, en aval de Plounéventèr. Un des hommes remarqua mes traits abattus, mon air d’extrême lassitude.

— Si vous venez par là-bas, il y a place pour vous sur les sacs vides ! me cria-t-il.

Il m’indiquait du bout de son fouet le bleu des collines léonnaises, déjà touchées, dans le lointain, par les premières ombres du soir.

Je répondis : non, de la tête.

Mais, lorsque les lourds chariots eurent disparu dans la descente, un regret me poignit le cœur. Les voix des clochettes continuaient d’arriver jusqu’à moi. On eût dit qu’au lieu de s’éteindre, leur carillon en marche se faisait plus distinct et plus sonore. Peu à peu ce fut comme un ensorcellement, comme une hantise. Elles tintaient de toutes parts, maintenant, et leur musique était un langage qui signifiait :

— Lève-toi donc, et suis-nous !