— Là ! Là ! contre la vitre…! Goulven ! mon fils Goulven !…
Comment je réussis à grimper dans les branches inextricables de l’un des antiques pommiers qui sont en bordure de l’aire, ne me le demandez pas : je serais impuissant à vous répondre. Toutes les lanternes de Kerdannou étaient déjà dehors. Longtemps, leurs lueurs se promenèrent autour du corps de logis principal, autour des hangars, autour des granges. On fouilla les étables. Les bœufs, réveillés, mugirent. Deux ou trois fois, mes parents passèrent à portée de mon refuge ; le vieux grognait :
— Des imaginations de femme !… Tu n’as rien vu !
Elle, alors :
— Je l’ai vu comme je te vois, et si maigri, si hâve !
D’une voix épeurée, elle ajouta :
— Si ce n’est pas lui, c’est son intersigne !
Va, c’était l’un et l’autre, pauvre chère mamm ! Dans ce vivant, il n’y avait plus que de la mort.
La ferme une fois rentrée dans son immobilité et son silence, tout ce que je pus faire, fut de me laisser choir à bas de mon arbre. J’étais à bout. Je sentais comme de grands coups de faux qui me balafraient les entrailles. Dans ma tête vide, mes prunelles se dilataient jusqu’à faire éclater leurs orbites, et mes tempes, par contre, se serraient, se rétrécissaient… Je croyais respirer dans l’atmosphère nocturne des odeurs de pain cuit. Un fumet de soupe au lard me caressait les narines. J’essayais de tendre les mains vers des plats illusoires… C’était atroce. Heureusement que la vision de la vieille de Plounéour-Ménèz et de son panier à victuailles traversa mon délire.
La fouace ! Je me rappelai la fouace, dans la poche droite de ma veste.