»  — Monsieur Louarn, pour l’amour de Dieu, regardez-moi !… Est-ce que j’ai encore l’air d’avoir bu, dites ?

» Elle avait plutôt la mine d’un chien battu, la pauvre ! J’essaie de la congédier en douceur. Mais elle, tenace comme une pieuvre :

»  — Par votre salut en ce monde et dans l’autre, ne me repoussez pas, Hervé Louarn !… J’ai à vous parler, très sérieusement, je vous assure.

»  — Allez-y, pendant que vous y êtes !

»  — A vous parler seule à seul, sans personne qui nous épie.

»  — Impossible. Je n’ai pas le temps. Je pars demain.

»  — C’est justement… il n’y aura pas un chrétien dans la dune de Laoual, cette nuit… Les gabelous seront dans le Nord… Je me suis informée… Eh bien ! là, au point d’atterrissement du câble de l’île, le couvre-feu sonnant, voulez-vous ?… Ne dites pas non ! De grâce ! ne dites pas non. »

Il dut s’interrompre : le rire l’étouffait. Je riais aussi, mais du bout des lèvres… Une sueur de mort me perlait aux tempes. Je ne respirais plus.

— Qu’est-ce que tu aurais fait à ma place ? demanda-t-il, lorsque son hilarité se fut un peu calmée. — Tu aurais envoyé cette possédée se faire exorciser par le vicaire, n’est-ce pas ?… Moi, pour me débarrasser d’elle, j’ai accepté son rendez-vous.

— Et alors ?…