Quand elle eut débarqué, ce furent des effusions, des cajoleries, un empressement comme autour d’une reine. Elle s’y déroba, du reste, au plus vite et, m’apercevant planté là, un peu embarrassé de mes premiers pas sur ce sol inconnu, elle m’interpella d’un ton légèrement narquois, en femme qui se sent chez elle:
—Si vous attendez Miniou, vous savez, vous n’êtes pas près d’en avoir fini... Avant qu’il ait livré toutes les commissions!... Suivez-moi plutôt: je vous mettrai sur la route.
Je m’engageai derrière elle dans le raidillon qui, du creux de l’anse, gagne le plateau de l'île. Elle escaladait ce sentier de chèvres, décoré du nom de chemin, avec la tranquille aisance d’une fille de là-haut, habituée à faire paître ses vaches sur le rebord glissant des précipices, au-dessus des gouffres de la mer. J’étais encore à mi-pente qu’elle avait atteint le sommet. Je la voyais debout dans le soleil: sa cotte rouge sur laquelle, pour grimper plus allègrement, elle avait de nouveau retroussé sa jupe, flottait au vent de la cime ainsi qu’un pavillon de pourpre. Elle riait d’un rire clair, aux notes perlées, dont l’ironie même restait douce. Lorsque je l’eus rejointe, je lui dis:
—Vous devez avoir une voix de ravissement, Marie-Ange. J’aimerais bien vous entendre chanter.
Elle redevint sérieuse tout à coup.
—Dans notre île, après le mariage, les femmes ne chantent plus... plus jamais!... si ce n’est le dimanche, à l’église.
—Bah! Et pour quelle raison?
—Oh bien! je ne sais pas... La coutume, sans doute, la tradition des ancêtres le veut ainsi... Ce n’est donc pas de même chez vous?
—Non. Dans nos contrées, la chanson est de tous les âges.
Elle pencha sa tête fine, réfléchit une seconde et articula lentement, avec gravité: