J’étais enveloppé d’un ouragan d’injures et de blasphèmes. Cela roulait, haletait, sifflait, mugissait. Soudain, une voix retentit, dont le grondement domina le tumulte, comme le tonnerre domine le fracas des pires tempêtes.
—Ça! mille damnations de damnations! Est-ce moi qui commande ici, oui ou non?
L’accalmie fut instantanée. Les plus forcenés se rangèrent, front bas, pour laisser arriver jusqu’à moi le maire de Tréguignec. Il brandissait à son poing le tronçon de rame qui, la minute d’avant, servait d’attribut à l’idole.
—Regardez bien ceci, dit-il aux fraudeurs. Le premier de vous qui bronche, je lui fends le crâne avec!
Puis fixant sur moi ses yeux de fauve indompté:
—Vous avez, si je ne me trompe, cinq balles à décharger, monsieur: choisissez donc vos cinq cibles. Après...
—Après, interrompis-je, vous roulerez une pierre sur mon cadavre, n’est-ce pas?... comme pour le lieutenant Mathorel!...
Il blémit, des frissons coururent dans ses muscles herculéens.
—Vous voyez que je ne me fais pas d’illusion sur mon sort, continuai-je froidement, mais vous-même vous n’échapperez pas, cette fois, au vôtre, monsieur Lézongar... Mathorel n’avait pas laissé de testament: moi, j’ai pris la précaution de rédiger le mien, avant de me hasarder dans votre repaire. Je puis disparaître en paix, car je serai vengé...
—C’est votre dernier mot?